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Affaire Jovenel Moïse: les juges instructeurs défilent, l’enquête piétine

Plus de neuf mois après l’assassinat du Président de la République, Jovenel Moïse, la justice haïtienne n’est toujours pas en mesure de clarifier, voire faire avancer l’enquête ouverte sur ce dossier. Le juge Merlan Bélabre, en charge de l’affaire, vient d’enfoncer le clou en annonçant sa déportation à l’expiration de son mandat le lundi 25 avril 2022.

C’est le quatrième juge instructeur à s’être dessaisi de cette enquête. Problème ! En effet, dans une  correspondance acheminée au doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince et au commissaire du gouvernement de ce ressort, le Magistrat a laissé entendre qu’il n’y a aucun intérêt d’enquêter pour le moment sur cette affaire. Dans le document, le juge révèle qu’il n’avait pas pu commencer les enquêtes ne disposant pas du dossier physique et des moyens de procéder aux actes d’instruction. Il a également précisé avoir sollicité en vain du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) le renouvellement de son mandat.

Ce magnicide, il faut le rappeler, fait également l’objet d’une enquête par la Justice des États-Unis, où deux suspects, l’Haïtien Rodolphe Jaar et l’ancien militaire colombien Mario Antonio Palacios Palacios, sont détenus. De l’avis des observateurs, il est inconcevable que plus de 9 mois après l’assassinat du Président de la République, Jovenel Moïse, les auteurs matériels et intellectuels n’aient même pas été identifiés. Dans la même veine, un autre suspect dans ce crime pourrait être extradé vers les Etats-Unis. Il s’agit de John Joseph Joël. L’ancien sénateur est accusé d’avoir loué plusieurs véhicules utilisés par le groupe armé qui a fait irruption dans la résidence privée de M. Moïse et l’a tué. Toujours dans le cadre de ce dossier, les autorités jamaïcaines ont refusé d’accorder l’asile à la famille de l’ancien élu de l’Ouest. Information rapportée le 22 avril dernier par The Gleaner, un journal jamaïcain.

Justice pour Jovenel Moïse ainsi que d’autres personnalités ayant été victimes de différents massacres commis ces dix ou 20 dernières années dans le pays, tout le monde est d’avis. Mais près de 10 mois après, le constat est clair : il y a peu de progrès dans le cadre de l’enquête ouverte à cette fin. L’indifférence du côté des autorités en place est palpable. Elles se la coulent douce, Jovenel se repose en paix, le tour est joué ! Dans l’intervalle, les assassins circulent en toute quiétude, le temps passe et l’impunité continue de régner en maître. 

Jovenel Moïse a été tué le 7 juillet en sa résidence privée à Pèlerin 5, commune de Pétion-Ville, par un commando armé de 48 personnes, dont 18 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, qui avaient été arrêtés. Vu la lenteur de la justice haïtienne, certains observateurs sont pessimistes et croient que comme tous les autres dossiers celui de Jovenel Moïse sera classé dans la fameuse rubrique : « l’Enquête se poursuit ».

Yves Manuel

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