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Anne Louise Mésadieu et Dany Lafferrière rendent hommage à Tony Bloncourt, jeune franco-haïtien mort pour la France

À l’initiative de la Conseillère Régionale d’Île de France, Anne Louise Mésadieu, une cérémonie d’hommage a été organisée, le mardi 9 mars dernier, à Suresnes, à l’occasion du 79ème anniversaire de l’exécution de Tony Bloncourt. Âgé de 21 ans en 1942, ce jeune franco-haïtien originaire de Jacmel, a été fusillé par les nazis pour s’être engagé dans la résistance lors de l’occupation allemande.

Contactée par le Journal La Diaspora, la Conseillère Régionale d’Île de France, également maire adjointe à Chaville, a expliqué que l’idée d’honorer ce martyr est née en juin 2018 au Mont Valérien, alors qu’elle accompagnait des enfants venus d’Haïti dans le cadre d’un projet Foot-Citoyenneté. C’est à ce moment qu’elle s’est rendu compte que l’histoire de Tony Bloncourt, ce jeune franco- haïtien mort pour la France, était méconnue aussi bien des Haïtiens que des Français. D’où, elle s’est proposé de rendre un grand et bel hommage à ce héros de la résistance. Habitée par cette noble idée, elle s’est mise à réfléchir et a entrepris du même coup des démarches en vue de la rendre possible.

C’est par une lecture faite par Isabelle Bloncourt et Anne Louise M. de la magnifique et émouvante lettre d’adieu de Tony à ses parents que la cérémonie a débuté, suivie d’un dépôt de gerbes de fleurs… Après qu’une minute de silence a été observée, l’Académicien Dany Lafferrière a fait découvrir aux invités « l’Affiche rouge » de Léo Ferré. Cet hommage s’inscrit, selon son initiatrice, dans le cadre d’un travail de mémoire. C’est également l’occasion, renchérit-elle, de souligner à quel point les liens entre la France et Haïti sont profonds. La présidente des Résidences d’écrivains à l’Île de France, présidente également du GIP Maison Jean Cocteau, dit rester convaincue que la culture, vecteur de cohésion sociale, est et demeure le meilleur prisme pour vendre Haïti en terre étrangère.

A cause de la Covid-19, seulement une vingtaine de personnalités ont été présentes à cette cérémonie d’hommage. Citons : le  nouveau maire de la ville de Suresnes, Guillaume Boudy,  les membres de la famille Bloncourt dont la nièce de Tony, Ludmilla Bloncourt, fille du regretté Gérald Bloncourt, sa belle-sœur Isabelle, veuve de Gérald Bloncourt, le préfet des hauts de Seine, Laurent Hottiaux, quelques  élus dont la première maire adjointe de Suresnes, Muriel Richard, des élus de Chaville, Hubert Panissal, Isabelle Dorison, certains élus originaires d’Haïti, Claude Marseille, Éric Sauray, Dany Lafferrière…

(Nous publions intégralement la lettre de Tony Bloncourt adressée à ses parents avant sa mort…)

Je meurs avec courage, écrit Tony Bloncourt

Paris – Prison de la Santé – 9 mars 1942

Maman, papa chéris,

Vous saurez la terrible nouvelle déjà, quand vous recevrez ma lettre. Je meurs avec courage. Je ne tremble pas devant la mort. Ce que j’ai fait, je ne le regrette pas si cela a pu servir mon pays et la liberté !
Je regrette profondément de quitter la vie car je me sentais capable d’être utile. Toute ma volonté a été tendue pour assurer un monde meilleur. J’ai compris combien la structure sociale actuelle est monstrueusement injuste. J’ai compris que la liberté de vivre, ce que l’on pense, n’est qu’un mot et j’ai voulu que ça change. C’est pourquoi je meurs pour la cause du socialisme.
J’ai la certitude que le monde de demain sera meilleur, plus juste, que les humbles et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement. Je garde la certitude que le monde capitaliste sera écrasé. Que l’ignoble exploitation cessera. Pour cette cause sacrée, il m’est moins dur de donner ma vie.

Je suis sûr que vous me comprendrez, Papa et Maman chéris, que vous ne me blâmez pas. Soyez forts et courageux. Vous me sentirez revivre dans l’œuvre dont j’ai été l’un des pionniers.

Mon cœur est plein de tendresse pour vous, il déborde d’amour. Je vois toutes les phases de cette enfance si douce que j’ai passé entre vous deux, entre vous trois car je n’oublie pas ma Dédé chérie. Tout mon passé me revient en une foule d’images. Je revois la vieille maison de Jacmel, le petit lycée, les leçons de latin et M. Gousse. Ma pension au petit séminaire et le retour des vacances, mon vieux Coucoute que j’aurais voulu guider à travers la vie et mon petit Gérald.

Je pense à vous de toute ma puissance, jusqu’au bout, je vous regarderai. Je pleure ma jeunesse, je ne pleure pas mes actes. Je regrette aussi mes chères études, j’aurais voulu consacrer ma vie à la science.

Que Coucoute continue à bien travailler, qu’il se dise que la plus belle chose qu’un homme puisse faire dans sa vie, c’est d’être utile à quelque chose. Que sa vie ne soit pas égoïste, qu’il la donne à ses semblables quelle que soit leur race, quelles que soient leurs opinions. S’il a la vocation des sciences qu’il continue l’œuvre que j’avais commencé d’entreprendre ; qu’il s’intéresse à la physique et aux immortelles théories d’Einstein, dont il comprendra plus tard l’immense portée philosophique. Que mon petit Gérald, lui aussi, travaille bien et arrive à quelque chose. Qu’il soit toujours un honnête homme.

Maman chérie, je t’aime comme jamais je ne t’ai aimée. Je sens maintenant tout le prix de l’œuvre que tu as entreprise en Haïti, continue d’éduquer ces pauvres petits Haïtiens. Donner de l’instruction à ses semblables est la plus noble tâche ! Papa chéri, toi qui es un homme et un homme fort, console Maman, sois toujours très bon pour elle en souvenir de moi. Maman Dédé chérie, tu as la même place dans mon cœur que Maman. Tous, vivez en paix et pensez bien à moi. Je vous embrasse tous bien fort comme je vous aime.

Tout ce que j’ai comme puissance d’amour en moi passe en vous. Papa, sois fort. Maman je te supplie d’être courageuse. Maman Dédé, toi aussi. Mon vieux Coucoute et mon vieux Gérald, je vous embrasse bien, bien fort. Il faut aussi embrasser maman Tata bien fort. Pensez à moi. Adieu!

Votre petit Toto 

Junior Luc

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