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Ariel Henry au Sommet des Amériques ou le déplacement qui n’en valait pas trop la peine ?

Bien avant la tenue du 9ème Sommet des Amériques, avant qu’Ariel Henry et sa délégation se soient embarqués pour Los Angeles, d’aucuns se questionnaient déjà sur l’importance de la participation du Premier ministre haïtien à cet événement. D’autant que, selon certains analystes, le 9ème Sommet des Amériques n’avait pas vraiment la vocation de donner lieu à des échanges sur les desiderata des Etats pauvres qui devraient y participer. Autrement dit, ce n’était pas un vrai podium d’où le Chef du gouvernement aurait pu exposer les multiples maux d’Haïti à l’attention d’un public qui s’en souci. C’est comme s’il y avait un pressentiment collectif qu’Ariel Henry n’avait rien à faire là-bas avec un bilan désastreux sur le plan social, politique et économique. Que va t-il raconter sur l’état moribond de la démocratie ?  Pourra-t-il faire le point sur la mission que la communauté internationale lui avait donnée à son accession au pouvoir après la mort de Jovenel Moïse ? Voilà entre autres les questions que plus d’un se posaient à l’annonce du départ du neurochirurgien pour Los Angeles, dans le cadre de cet événement auquel certains Etats du continent n’ont pas été conviés parce qu’ils ne sont pas, dit-on, des modèles de démocratie.

Cependant, les avis divergent sur un point : certains pensent qu’Ariel Henry avait reçu l’ordre formel d’y participer, tandis que d’autres croient que ce dernier dans sa quête continue de légitimité en tant que PM de facto impopulaire avait supplié pour obtenir une invitation. Dans l’un ou l’autre cas, à la lumière des informations officielles relatives à la participation du Premier ministre à ces assises, on serait en mesure de supposer que le neurochirurgien lui-même, dans son nihilisme pathologique, n’avait pas vraiment l’air de savoir ce qu’il faisait chez l’Oncle Sam du 6 au 10 juin dernier.

Apres avoir participé à des assises du genre, traditionnellement les dirigeants haïtiens reviennent avec le cœur rempli de promesses fallacieuses obtenues dans les rencontres bilatérales déroulées en marge. Même de ce coté là, il n’est pas sûr que l’Etat haïtien puisse se vanter d’avoir eu satisfaction après la participation du Premier ministre à cette activité. La seule chose bien que M. Henry semble avoir tiré c’est sa photo prise avec le Président des États-Unis, Joe Biden, l’homme le plus puissant du monde libre. En dehors de ça, tout n’a été visiblement que revers, pourrait-on se presser de conclure en faisant référence à la double gifle que la République Dominicaine a infligée à Haïti dans le contexte de ce Sommet auquel Luis Abinader, le chef de l’Etat voisin, a répondu présent. Une double humiliation qui est venu justifier le pressentiment collectif évoqué plus haut.

Depuis la gifle littérale mise à Sténio Vincent par le président dominicain Leonidas Trujillo dans les années 30, selon la petite histoire, aucun autre haut dignitaire haïtien n’a été autant humilié par un chef d’Etat dominicain. Luis Abinader a eu l’occasion de mettre minable le tout-puissant Ariel Henry, en faisant fi de tout protocole et toute civilité en public dans un échange semi-officiel, lorsque le premier a choisi de déchirer illico presto, avec mépris et condescendance l’emballage du présent offert par le second sans doute pour marquer l’occasion. Comme si cet épisode tristement célèbre déjà considéré comme un affront historique par des compatriotes ne suffisait pas, il a fallu à la Primature de la République de sortir un communiqué faisant passer pour fructueux les échanges entre les deux hommes. Communiqué dont la teneur a été démentie de manière fort avilissante par le gouvernement dominicain. Ce qui peut être considéré en tout et pour tout comme un autre affront. Deux gifles symboliques dans la même occasion. Il s’agit d’un macabre record pour Ariel  Henry qui, tout compte fait, aurait vraiment mieux fait de ne pas faire déplacement.

Kensley Marcel 

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