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Cessez vos hypocrisies, Haïti n’est pas un État souverain !

Par fausse arrogance ou par un quelconque vice de l’esprit, certains Haïtiens, en pleine discussion prétendument démocratique, déclarent très souvent, à qui veut l’entendre, qu’Haïti est un pays souverain. Facile à dire, mais difficile à prouver ! L’un des traits caractéristiques de ces nationalistes à bon marché, toujours prêts à prêcher l’évangile de la Souveraineté sans pouvoir pour autant le pratiquer, c’est de se croire plus Dessalinistes que l’Empereur Jacques 1er lui-même. Souveraineté ! Ils disent cela de la bouche, mais le cœur n’y touche ! En fait, tels que les mots « Liberté ! Egalité ! Fraternité » dignement et fièrement inscrits dans l’Acte de l’Indépendance du 1er janvier 1804, notre souveraineté de peuple n’est ancrée ni dans notre tête, ni dans notre cœur, ni dans notre conscience, mais uniquement dans l’article 1er de la Constitution de 1987. Sur le papier, nous sommes tous : Libres, Egaux, Vaillants, Indépendants, Souverains… Mais dans la dure réalité, nous nous traitons nous-mêmes – hélas !-en paria, en rebut de l’humanité. Chaque jour, nous faisons de grands efforts dans le mal ; nous nous arrangeons presqu’avec conviction pour être le « Cancre de la grande école du monde ». Première République noire, nous n’avons aujourd’hui qu’une toute petite idée de notre Grandeur de peuple.

Sur le plan théorique, le principe de la souveraineté des peuples implique la reconnaissance de l’égalité souveraine des Etats, le droit à l’autodétermination des peuples et de la règle de non-intervention dans les affaires intérieures. Soit ! S’il est une vérité qui échappe à l’Haïtien, le lettré comme le commun des mortels, c’est celle selon laquelle « il n’y a pas de liberté sans responsabilités ». Après la fin de non-recevoir, disons mieux, le refus éthique opposé à la dictature sous toutes ses formes en 1986, quel a été le dernier acte « d’homme responsable » posé par l’Haïtien ? Aujourd’hui encore, face à la crise protéiforme qui s’est installée dans notre pays, qui s’érige en « Souverain » pour rendre le dialogue possible entre les protagonistes ? On peut attendre jusqu’à la fin du monde pour avoir la réponse.

Vous dites souveraineté ! Prouvez-le !

 A coté du pétrole et des étoffes de bonneterie, le riz, la viande, l’huile de palme et ses fractions constituent les trois principales importations d’Haïti. Il y a six ans, soit pour l’exercice 2014-2015, l’importation du riz s’élevait à plus de 210 millions de dollars américains. Un chiffre qui, à l’évidence, est peut-être en hausse, puisque que la situation de production d’Haïti n’a pas changé. Autant dire que notre ventre -entendez par là notre besoin primaire- dépend de l’étranger. Preuve que la souveraineté est sur les lèvres mais pas dans l’abdomen. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Même pour poser le plus souverain des actes, à savoir organiser des élections, Haïti se tourne toujours vers la communauté internationale qui les finance à grands coups de millions et de logistiques. C’est faire usage de plus de gentillesse que de réalisme en affirmant que notre souveraineté est limitée. Par soif inextinguible de pouvoir et par absence de sens du collectif, nous avons enfreint toutes les mises en garde lancées par nos Ancêtres qui voulaient qu’Haïti reste et demeure une terre de liberté, donc souveraine. Au XXIème siècle, notre souveraineté est plus que jamais inexistante. Elle est à inventer chaque jour.  S’il nous faut nous tourner effrontément vers l’étranger pour le riz, l’organisation des élections et tout le reste, pourquoi se priver de son aide en matière de sécurité quand certains parmi nous s’obstinent à faire du pays une « entité chaotique ingouvernable » ? On peut le critiquer autant que l’on veut, mais en sollicitant l’appui technique de l’OEA et de l’ONU en matière de sécurité, le président de la République, Jovenel Moïse, n’a fait que poser un acte géostratégique pour tenter de freiner la descente aux enfers d’Haïti, éradiquer le terrorisme intérieur. Avant lui, en 1994, Jean-Bertrand Aristide, au faîte de sa gloire, avait compris cette nécessité d’appeler au secours des « Etats amis ». 

En attendant que la souveraineté quitte le papier pour s’inscrire viscéralement dans nos pensées comme dans nos actes, certaines organisations internationales, dont nous sommes d’ailleurs partie prenante, seront toujours notre dernière planche de salut. C’est à nous qu’il revient de ne pas laisser le voisin prendre le large dans notre chambre quand nous ne l’avons invité qu’à partager notre dîner.

Junior Moschino Rémy

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