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Combien faut-il de centres carcéraux pour écrouer les bandits?

À mesure que la Police Nationale d’Haïti (PNH) annonce multiplier les opérations pour déloger les bandits, les poches de gangs se répandent à une vitesse effrayante à Port-au-Prince et ailleurs. Au regard de la réalité carcérale haïtienne, des préoccupations sur la capacité des prisons à contenir les détenus s’imposent.

Au quotidien, la PNH, à travers ses plateformes de communication, présente des présumés criminels interpellés dans le cadre des opérations visant à mater le grand banditisme et la criminalité. Ces individus se voient exposer avec des armes automatiques ou encore en compagnie de corps du délit dans les séquences audiovisuelles. Cette forme de communication longtemps critiquée en raison de violation de droits humains, reste l’un des moyens engagés par les autorités policières pour divulguer les informations. Des défenseurs de droits de l’homme dénoncent la stratégie et évoquent la théorie de présomption d’innocence dont jouissent les accusés. Au regard de la législation haïtienne, sans un procès et sans le verdict d’un tribunal, il est formellement illégal de condamner un suspect.

Au rythme des arrestations, le système carcéral haïtien défaillant est souvent mis à l’épreuve. Des nouveaux occupants intègrent des cellules alors que parallèlement le processus de désengorgement piétine. Au Pénitencier national, la surpopulation carcérale n’est plus à démontrer. Des cachots débordés de prisonniers, dans des conditions de détention abominables, sont symptomatiques d’un système judiciaire effondré. Un espace pénitentiaire construit initialement pour accueillir 800 détenus environ, héberge, selon un rapport de l’OEA publié en 2017, 4151 prisonniers.

La réalité actuelle du Pénitencier national traduit celle des autres prisons de la République. Au Cap-Haïtien, aux Gonaïves, à Saint-Marc, aux Cayes, le phénomène de la détention préventive prolongée s’érige en norme, dénoncent des instances de protection de droits humains. Cependant, il importe de relativiser la tendance et questionner la société et son virage dangereux. Peut-on assister au délitement social, à la violence aveugle des gangs sous la base de cellules engorgées?

Les foyers de gangs pullulent à Port-au-Prince et dans d’autres communes du pays. C’est devenu une contagion de constater que des civils armés occupent des quartiers pour perpétuer des actes criminels. Les exemples sont légions de zones abandonnées par l’État, sous l’empire des caïds imposant la terreur pour instituer assassinat, kidnapping, viol. Grand-Ravine, Martissant, Bel-Air, Cité-Soleil, Croix-des-Bouquets, Laboule 12, Jalousie, Petite-Rivière de l’Artibonite, Croix-Perisse font partie d’une liste non exhaustive de villes et quartiers dominés par des cliques armées. Chaque bande armée se cherche un leader, un chef suprême considéré comme des demi-dieux. Les nommés « Izo », « Ti Lapli », « Lanmò san jou », « Ti Gabriel », « Vitelhomme », « Barbecue » dirigent et font régner leur suprématie au détriment de la population civile. Le nombre de forfaits commis contre de paisibles citoyens est infini. Exécution sommaire, rançonnement, enlèvement suivi de séquestration contre rançons exercés par les criminels contre la population civile, empoisonnent le quotidien haïtien.

La détention préventive prolongée gangrène le système judiciaire haïtien. Néanmoins, il faut interpeller les autorités judiciaires sur la nécessité d’organiser les assises criminelles. La PNH, tout en respectant les exigences légales, doit poursuivre ses opérations pour démanteler les gangs. Il revient, le cas échéant, aux élites politiques d’exiger la construction de nouveaux centres carcéraux pour héberger les assassins qui troublent la paix publique.

Hervé Noël

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