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Devrait-on faire appel au « Vodou » pour une solution à la crise haïtienne ?

L’histoire de la Révolution haïtienne est marquée par la cérémonie du « Bois Caïman », organisée le 14 août 1791 par un groupe d’esclaves, dirigés par le prêtre Vodou, Duty Bookman. Ce congrès hautement religieux a fait appel aux croyances religieuses des esclaves, « le Vodou », pour les galvaniser, les inciter à prendre conscience de leur existence misérable et à vaincre le système esclavagiste. Cette cérémonie, reconnue dans l’histoire haïtienne comme l’épicentre de la révolution est sans appel ; l’une des plus grandes manifestations mystiques au cours de laquelle les « loas » se sont révélés d’une aide déterminante, prenant des corps pour monture, afin de montrer la voie de la liberté aux esclaves.     

La cérémonie du « Bois Caïman », dans l’imaginaire collectif haïtien représente un moment fort de la lutte des esclaves de Saint-Domingue. Elle  a été un catalyseur, une sorte de talisman pour les esclaves présents qui ont vu les loas (esprits) à l’œuvre dans toutes leurs dimensions. Ces esprits, Petro, Rada, Congo, entre autres, ont pris possession des corps de certains esclaves pour délivrer des messages. L’histoire raconte que Sesil Fatiman, possédée par Erzulie Dantor, a égorgé vif un cochon et distribué le sang de l’animal aux esclaves qui on tous juré d’exécuter les ordres de Bookman, criant ainsi « Liberté ou la mort ». 

Bookman, élu par les loas pour guider ses frères d’âmes, n’avait qu’à donner le coup d’envoi de la révolte en accusant le dieu des blancs d’être responsable de leur mauvais sort, et que le dieu du tonnerre, celui des noirs, leur demande de se venger sous sa protection. Bookman a aussi tenu un discours à caractère politique pour stimuler les esclaves à se mettre ensemble pour recouvrer leur liberté. Après l’Indépendance, les nouveaux libres n’ont pas renié leurs croyances. Le Vodou a continué, malgré les nombreuses campagnes antisuperstitieuses, de résister  pour être finalement accepté depuis 1987 comme une religion à part entière au même titre que les autres.

La situation chaotique que vit le pays depuis ces trente (30) dernières années nécessite, selon plusieurs personnalités du Vodou, qu’on fasse appel aux loas pour qu’ils volent à notre secours. Ces derniers affirment que le Vodou par le passé s’est révélé fécondateur dans la stratégie de lutte contre l’esclavage. Les loas, disent les adeptes de cette religion africaine, savent écouter, observer et interviennent quand leur aide est sollicitée. « Le Vodou a la capacité d’unifier, de rassembler et d’apporter des solutions à n’importe quelle situation », conclut un prêtre du vodou.

La cérémonie du Bois Caïman sert de référent mystique aux pratiquants du Vodou. Ils revendiquent au nom de cette manifestation religieuse leur place depuis toujours dans l’organisation sociopolitique du pays. Ils croient pouvoir mettre au service de la politique les connaissances mystiques du Vodou. C’est un plaidoyer qui nécessite une attention particulière au regard de l’importance de la cérémonie historique du « Bois Caïman » dans l’histoire révolutionnaire d’Haïti. Compte tenu de la crise chronique que traverse le pays, l’exclusion n’est pas une option, l’inclusion est la clé. La crise actuelle, nécessite une juxtaposition de toutes les forces vives pour trouver une solution durable aux multiples malheurs qui s’abattent sur la première République noire. Le Vodou très certainement a sa place sur la table des discussions. Cependant, on est en droit de se demander : que peut réellement apporter le Vodou dans la conjoncture actuelle?

Ricot Saintil

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