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Éducation: Abandon scolaire, un phénomène très inquiétant en Haïti

L’éducation est le socle de l’épanouissement individuel de tout homme et des transformations sociétales. C’est dans cette optique qu’elle occupe une place très importante dans le développement économique et social des nations. Dans la société haïtienne d’aujourd’hui, un phénomène ronge le système de l’éducation: l’abandon scolaire. Ce phénomène s’explique par le fait qu’un élève débute une année scolaire et qu’en cours de route décide d’abandonner temporairement ou définitivement. Dans un pays moins avancé comme Haïti, l’abandon scolaire précoce est un obstacle à l’égalité des chances dans la société. Les jeunes quittant l’école s’exposent au chômage et voient s’amenuiser leurs chances de participer au processus démocratique. Cette situation les prive de la possibilité de s’engager dans l’apprentissage tout au long de la vie, et leur fait courir le risque d’être exclus de la société. Pour la société haïtienne dans son ensemble, ce phénomène tout aussi inquiétant n’arrange pas la situation compliquée du système éducatif haïtien.

En effet, les causes de ce phénomène sont nombreuses, la pauvreté semble être le facteur déclencheur dans le processus du décrochage scolaire. Ceux qui sont issus de milieux pauvres sont plus facilement démotivés et réussissent moins bien. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce qui amène les enfants de ces milieux à décrocher. L’humiliation que peuvent vivre ces jeunes. Ils n’ont pas toujours l’argent nécessaire pour payer les frais de scolarité, pour se procurer les matériels scolaires ou pour participer aux activités parascolaires, ce qui peut entraîner de la frustration chez l’élève.  

« Je travaille dans une école qui est sous la responsabilité d’une mission internationale. Durant les années précédentes, chaque élève avait l’habitude de payer 500 gourdes pour l’année scolaire. Mais depuis la COVID-19, l’école a perdu des partenaires; les responsables ont donc porté les frais à 1 500 gourdes par an. Chaque année, il y a toujours un certain nombre que je ne peux pas déterminer, qui abandonne l’école. Souvent, ils abandonnent après qu’ils ont été renvoyés soit pour absence de documents scolaires soit pour les 1 500 gourdes réclamées », indique Nickenson un enseignant d’un établissement scolaire situé dans les hauteurs de Kenscoff.

De plus, la décision d’un élève d’interrompre ses études secondaires peut être due à une situation familiale conflictuelle. Outre cela, le faible niveau de vie et le faible niveau d’instruction des parents peuvent entraîner un faible investissement de leur part dans la scolarité de leurs enfants. « Il faut mentionner qu’il existe aussi des cas où les écoliers abandonnent l’école après la mort d’une personne responsable. Ils sont donc devenus orphelins et n’ont personne pour les aider à poursuivre les études classiques », poursuit Nickenson.

Il y a aussi, ces derniers temps, un grand manque de motivation de la part des jeunes. Au niveau des causes personnelles, la faible estime de soi, le désir de l’affranchissement, les comportements délinquants jouent un rôle très importants dans l’abandon scolaire au secondaire. Par ailleurs, une vie sexuelle très active peut conduire à une grossesse précoce et pousser l’élève à abandonner l’école. C’est le cas de Atlanta, une jeune demoiselle qui a abandonné l’école à l’âge de 16 ans parce qu’elle était tombée enceinte. Trois ans après, elle dit regretter infiniment d’avoir loupé sa chance de finir ses études classiques. Qui pis est, maintenant elle a sous ses responsabilités un enfant qu’il faut à tout prix éduquer.

Les conséquences du décrochage scolaire dans l’enseignement sur le plan individuel et collectif sont importantes. La recrudescence de l’abandon scolaire au secondaire a des effets néfastes et désastreux sur l’éducation en Haïti. « L’éducation est importante pour n’importe quee personne. Pour un élève qui abandonne l’école précocement en Haïti, l’avenir est totalement incertain. D’ailleurs, c’est un pays où même ceux qui sont bien formés sont souvent méprisés…», déclare Duberley, étudiant en Génie civil.

Somme toute, l’abandon scolaire est un problème majeur qui affecte grandement la communauté haïtienne. Ses effets peuvent être très graves, contribuant à l’analphabétisme répandu, au chômage et au crime. Selon des chiffres communiqués par l’UNESCO en 2020, en Haïti le taux d’abandon scolaire est de 7% au cours de la première année de primaire. Environ 40% d’élèves abandonnent avant la fin de la 9e année fondamentale. Pour remédier à cette situation et réduire l’abandon scolaire, il revient aux responsables éducatifs haïtiens de dépister adéquatement les élèves qui présentent des risques de décrochage et leur offrir un soutien individualisé, adapté à leur profil spécifique.

Jean Kenson CARRIES

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