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Entre la population et les organismes de droits humains un « froid glacial » s’installe

Si l’opinion publique n’a jamais eu une confiance aveugle dans le travail des organismes de défense des droits humains, la friction s’est désormais installée entre eux à la faveur de ce duel par médias interposés entre le Commissaire du Gouvernement de Miragoâne, Jean Ernest Muscadin et Marie Yolène Gilles de la « Fondasyon Je Klere ». Certains membres de la population sont définitivement convaincus de comprendre, à partir du dossier « Zo pwason », que les organisations de droits humains veulent se ranger du coté des bandits.

Depuis quelques  jours, un clivage s’est constitué dans la société, d’une part les gens qui croient que le CG de Miragoâne est fautif d’avoir filmé l’exécution sommaire du présume bandit appartenant au gang « 5 Segond » (minoritaire), de l’autre ceux qui prennent position en faveur du chef de la poursuite au niveau de ladite juridiction (majoritaire). Marie Yolène Gilles de la FJKL est, depuis quelques semaines, la cible de la foudre de cette dernière catégorie heureusement ou malheureusement majoritaire qui lui reprochent à tort ou à raison de faire allégeance aux bandits. Sur les réseaux sociaux, les gens indexent la partialité qui caractérise les interventions des structures de défense de droits de l’homme.

Elles ne se prononcent jamais sinon rarement quand c’est la barbarie des bandits qui est en cause, tandis qu’elles ne loupent une seule occasion de blâmer la police quand cette dernière tente de donner la monnaie de leur pièce aux gangsters. Il s’agit là d’une synthèse des propos débités au sein de la population. Les gens craignent du coup que les bandits intensifient leurs actions en toute quiétude se sentant protégés.

On a déjà vu des vidéos ou entendu des audios dans lesquels des policiers expriment leur frustration du fait que les militants des droits de l’homme interviennent toujours pour stopper les forces de l’ordre quand celles-ci répondent à la violence des bandits de manière proportionnelle. Même isolées et éparses, ces petites interventions contribuent à forger la méfiance sinon le désintérêt chez la population à l’égard des organismes de droits de l’homme.

Maintenant le discours semble être relayé en haut lieu, mettant ainsi plus à mal les structures de droits humains dans la perception générale. Pas plus tard que le dimanche 12 juin 2022 à l’occasion de la célébration du 27e anniversaire de la PNH, un haut membre du clergé haïtien, dans son homélie, a clairement laissé entendre que les acteurs de ce secteur empêche la Police Nationale d’Haïti de faire son travail.

Cette déclaration de l’ecclésiastique intervient comme l’ultime coup de marteau qui enfonce le clou et aggrave la relation entre la population et les organismes de droits humains.

En matière de respect des droits de l’homme, Haïti est loin de faire la course en tête. Cependant, les organisations de défense des droits humains ne cessent de pulluler. Il s’agit d’un contraste fou, dirait-on ; si peu de résultat pour autant d’acteurs a priori versés dans la promotion des droits de la personne.

Certains vieux routiers du secteur, qui croient saisir le principe de ce paradoxe, estiment que c’est d’abord parce qu’il y a plus d’organisations que de vrais militants de droits humains, donc la grande majorité des membres de ces organisations ne connaissent pas les rouages de ce milieu et encore le sens d’un tel combat. Ensuite, pensent-ils que les organisations de droits de l’homme se trouvent sous l’influence de certains vieux démons des groupements politiques, en l’occurrence la division, l’esprit de compétition stérile, la mesquinerie etc.

Du coup, elles se mettent à fonctionner comme des partis politiques et perdent de vue leur mission qui est bien supérieure à n’importe quel objectif. La population perçoit cet aspect dans leur fonctionnement. Il n’est un secret pour personne que la population a en aversion les acteurs politiques traditionnels.

Par voie de conséquence, il est évident que la société aurait fini par développer les mêmes sentiments vis-à-vis des structures de lutte pour les droits humains.

 Kensley Marcel

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