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Haïti-Crise : Nous sommes tous coupables (se fòt nou tout) !

D’un point de vue organisationnel, même si réductionniste, une société est comparable à une grande machine dont chaque pièce assure le bon fonctionnement. La défaillance de l’une risque de provoquer l’affaiblissement de l’autre jusqu’au dysfonctionnement de la machine, voire sa destruction totale. Autant dire que, du citoyen lambda, en passant par les élites, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, nous sommes tous responsables de l’organisation de la société, de son fonctionnement, de son évolution à tous les niveaux et à tout point de vue. Donc, citoyens appartenant à une même et seule Patrie, nous sommes tous responsables de sa grandeur comme de son déclin.

Aujourd’hui, Haïti fait face à une crise dont l’acuité dépasse les limites de l’absurde et de la démesure. On dirait que nous voulons, chacun à son niveau, contribuer volontairement ou involontairement à la réalisation pure et simple de l’Enfer sur terre. Il suffit de penser à l’assassinat, de sang-froid, d’un homme par un membre de gang, à la calcination ou la profanation de son cadavre par ce caïd en question, pour comprendre qu’Haïti a déjà touché le fond. Il suffit de ne pas voir un homme, un seul, se dresser de toute sa force contre ce mal, pour comprendre que nous sommes à deux doigts d’être foutus, si nous ne le sommes pas déjà. Oui, en vérité, Martin Luther King avait raison de dire que « celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui ». N’en parlons même pas du minimum de bien-être non garanti par un Etat, représenté par hommes et femmes qui ne s’amusent qu’à en jouir des privilèges, crachant ainsi de gaieté de cœur sur le plus petit des responsabilités.

A l’heure actuelle, c’est toute la société haïtienne qui fait l’amère expérience de l’effondrement. Dans le public comme dans le privé, c’est la « Loi du faire semblant » qui prévaut. Au fond, rien ne marche. Même si certains arrivent, on ne sait par quelle magie, à donner l’impression que « ça peut aller ! » Haïti, même quand on ne le dit pas, est une société de « Démissionnaires ». Eglise, Ecole, Famille, Médias, toutes les grandes institutions de socialisation, piliers majeurs de la société, ne mènent plus aucun combat ; elles ont toutes démissionné. D’où, le pays est devenu depuis quelques temps esclave des crises politiques, sociales, sociétales et économiques.

Reconnaissons-le, nous sommes tous responsables, chacun à son niveau, de l’effondrement d’Haïti. Parce que, comme l’a dit Thomas Sankara, la maladie ne se guérit pas en prononçant le nom du médicament, mais en prenant le médicament, disons-le clairement : la panacée à nos crises protéiformes et multidimensionnelles demeure la Révolution. Mais celle-ci doit d’abord et avant tout s’opérer dans la conscience des élites, appelées dans toute société à donner le ton. Intellectuels d’ici et de la diaspora, hommes et femmes d’affaires d’ici et de la diaspora, artistes et musiciens d’ici et de la diaspora, unissez-vous, réveillez-vous ! Parce que nous sommes tous coupables, parce que nous sommes collectivement responsables à un degré ou à autre, demandons pardon à Haïti et faisons un acte de foi dans son changement qui demeure, malgré tout, possible !

Junior Moschino Rémy

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