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Haïti: Dans l’attente de « dirigeants-serviteurs »

Aujourd’hui pire qu’hier, le changement d’Haïti n’est pas une réalité tangible. « L’autre Haïti possible » prônée par les journalistes Daly Valet et Valérie Numa n’est pas à portée de main. Du nord au sud, de l’est à l’ouest, Haïti est devenue un terrain miné où la caricature affublée du beau titre d’Etat fait figure d’épouvantail, face à des gangs armés jusqu’au fond de l’âme. Plus que jamais, toutes les portes de l’Avenir sont fermées ; les clés semblent être en possession des caïds de Martissant, du Bel’Air, de la Croix-des-bouquets qui, eu égard à leur suprématie croissante, seront les seuls, demain, à pouvoir ordonner au soleil d’Haïti de se lever. A bout de force et déçu dans ses vraies et fausses attentes, le peuple haïtien ne nourrit pas l’idée d’enfoncer même une fenêtre, pour tenter de reprendre le contrôle. Hélas, la maison brûle et les yeux sont tournés vers un ailleurs qui n’autorise pas tous les espoirs. 

Comment sommes-nous arrivés là? La faute à qui? On peut toujours accuser tout le monde et son père, voire aller jusqu’à prêcher le mauvais évangile du « Tous coupables », mais un fait est certain : Haïti n’a jamais eu ou presque de « Dirigeants-serviteurs ». Depuis son virage brutal vers l’euphorie démocratique, la Première République noire n’a jamais connu de dirigeants qui, loin de voir des faiblesses dans les approches proposant des compromis, les perçoivent comme de véritables « Forces politiques », susceptibles non seulement d’assurer la stabilité sociale, mais de provoquer le changement de la donne économique. Nos dirigeants, passés et présents, ont toujours donné la primauté à la division plutôt que choisir la voie préférentielle de la concorde. L’histoire d’Haïti est une histoire profondément marquée par des ruptures non essentielles et des continuités absurdes, où très souvent ceux qui prétendaient, à un certain moment,défendre la cause du peuple finissent par lâcher la proie pour l’ombre, sans se donner la peine de feindre une certaine gêne. 

Parmi tous les besoins d’Haïti, celui de « Dirigeants-serviteurs » s’inscrit dans l’urgence. Qu’est-ce qu’un Dirigeant-serviteur sinon un leader doté d’un esprit de conciliation, capable dans toutes les circonstances de se dépasser personnellement en se montrant altruistes, rejetant au loin la division. Aujourd’hui, pour faire taire les balles qui parlent plus fort que l’Etat, pour approvisionner continuellement en carburant les terminaux répétitivement asséchés, pour renforcer le pouvoir d’achat des ménages, bref pour faire d’Haïti un Grand Pays, tel que nos ancêtres l’avaient voulu, il nous faut des Dirigeants-serviteurs. Oui, des Dirigeants-serviteurs, cette belle race d’hommes et de femmes qui ne pensent pas Haïti en terme de prise de pouvoir, mais qui, arrivés au pouvoir, s’évertueront à agir toujours au nom du long terme  

GeorGes E. Allen

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