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Haïti : Guérissons-nous de notre myopie politique !

L’histoire d’Haïti regorge d’épisodes de révolte à la planification lacunaire. D’ailleurs, la lutte pour l’Indépendance en fait partie. Les acteurs d’alors n’avaient pas pu ou pas voulu voir plus loin que le bout de leur nez. Avec le recul sur les tenants et les aboutissants de la Révolution de 1804, il est évident que le réflexe immédiat était de se débarrasser des chaines, des fouets, de sortir des conditions de forçat. Au lendemain de l’Indépendance, les lacunes du plan ont rattrapé la jeune nation. A peine ont-ils eu le temps d’assumer leur liberté, une espèce de syndrome de la tour de Babel s’est emparé des Haïtiens et le chaos s’en est suivi.

Depuis, les dirigeants reproduisent sempiternellement le même schéma défaillant quand ils doivent renverser un ordre établi, à des moments décisifs de l’histoire sociopolitique du pays. Les plans y relatifs ne dépassent jamais l’étape où le statu quo est rompu. La méthodologie des acteurs des différentes révoltes qu’a connues le pays n’a jamais, semble-t-il, laissé de place au souci des suivis. La gestion de la période post-révolte n’est jamais une priorité pour les acteurs qui s’avèrent n’être que des pseudo-révolutionnaires étant systématiquement frappés de myopie politique.

Au niveau de la région et en Amériques du sud, les exemples de révoltes politiques ayant débouché sur des résultats durables ne manquent pas pourtant. Plus près de nous en terme spatial, Cuba en a réalisé une en 1959 contre le régime de Batista. Depuis, le régime castriste fait de son mieux pour maintenir le pays dans un climat de stabilité sociale, politique et économique. Un résultat que les Cubains ne doivent qu’au sens du suivi dont leurs leaders ont su faire montre et qui fait terriblement défaut aux nôtres. Les Chiliens ont eu raison de la dictature de Pinochet après 16 années, leurs dirigeants montrent qu’ils avaient tout prévu pour la post-révolution. Résultat: le Chili connait une fulgurante montée depuis 1989.

L’histoire récente d’Haïti fournit de nombreux témoignages de ce déficit de vision sur le long terme qu’accusent nos leaders politiques. Chacun des dizaines de coups d’Etat que le pays a connus a été une occasion d’en faire le constat. A cause de ce manquement, le peuple haïtien paie un lourd tribut en ce sens que l’instabilité sur les plans politique, social et économique est une réalité permanente pour lui. Il est, du coup, condamné à vivre une série de révoltes populaires sans lendemain, à l’instar de celles de 86 contre les Duvalier, de 2004 contre Jean-Bertrand Aristide, et en 2021 contre Jovenel Moïse. Dans ces trois cas, le constat est le même : le pays est encore plus perdu qu’avant, parce qu’il n’y a pas eu de plan d’après-révolte. Cela prête toujours malheureusement le flanc à l’ingérence et/ou à l’occupation étrangère. Dans l’état actuel des choses, tout porte à croire que le pays se dirige vers un nouvel épisode de révolte. Maintenant il faut espérer que les ‘’élites’’ qui vont la mener se rendent compte de l’impérative nécessité de prévoir comment la gestion du pays sera assurée après le chamboulement imminent. Autrement, Haïti ne serait pas prête à sortir des sentiers battus.

Kensley Marcel

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