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Haïti : La corruption, un mal social têtu !

La République d’Haïti continue de faire figure de très mauvais élève dans les rapports annuels de Transparency International sur la corruption. En dépit des manifestations incessantes des organisations de la société civile et des PetroChallengers, y compris des politiques, pour exiger des gouvernants la reddition de compte, le score du pays dans l’indice de perception de la corruption de 2021 est de (20/100). Ce score, très élevé, place Haïti aux côtés du Nicaragua (22/100) et du Venezuela (14/100). Selon le document de Transparency International, la région des Amériques et des Caraïbes compte 22 pays qui ne montrent aucun changement statistiquement significatif dans leurs niveaux de corruption. Au cours des 10 dernières années, seuls la Guyane (score : 39) et le Paraguay (30) ont fait des progrès et ont enregistré des améliorations notables. Sur la même période, trois des plus fortes démocraties de la région (les États-Unis (67), le Chili (67) et le Canada (74)) sont en tête du classement, enregistrant ainsi une baisse, tandis que seul l’Uruguay (73) reste stable.

En ce qui concerne le cas d’Haïti, depuis ces dix dernières années, les dirigeants qui se sont succédé au pouvoir n’ont presque rien fait pour changer la donne. Des milliards se sont volatilisés sans la moindre explication à une population qui voit sa misère empirer du jour au lendemain. Elle se rend simplement compte que rien ne va. Les hôpitaux se sont détériorés, les écoles ont besoin d’être réparées.  La mobilisation pour exiger des éclaircissements sur les fonds du programme PetroCaribe n’a pas donnée les résultats escomptés. Cette même pratique (la corruption) avait été utilisée pour casser cette mobilisation. Des tentatives de blanchir des ordonnateurs avaient été effectuées. Les millions s’accumulent et font de nouveaux riches au détriment de la grande majorité qui patauge dans la crasse. Cette majorité n’a même pas les moyens de satisfaire ses besoins les plus élémentaires. Ceux-là et celles-là qui jadis réclamaient à cor et à cri la tenue du procès PetroCaribe sont aujourd’hui au pouvoir. La situation et le mode de gouvernance sont pires qu’auparavant. Pourtant, ils se comportent comme si tout marche sur des roulettes, ils ne charrient plus les revendications des masses.

Pas de panique, s’il n’y a pas d’écoles et manuels scolaires, de déjeuner pour les étudiants. Pas de panique s’il y a de la criminalité dans les rues, si les transports en commun sont déficients, si les rues sont dégradées ainsi que les autoroutes. La  nourriture de base est très chère, les raretés à répétition du carburant engendrent une instabilité au niveau des prix du produit sur le marché informel, pas de panique car les opposants les plus farouches à l’ancien président de la République Jovenel Moïse ont de quoi se nourrir et même se divertir dans un pays meurtri, plombé par une insécurité généralisée. Du jamais vu.

Dans ce pays, il y a toujours des raisons de protester, précisément parce que les gouvernements que nous avons eus n’ont pas payé l’énorme dette sociale au peuple. Il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’aucun pays n’est à l’abri de la corruption. L’abus d’une charge publique à des fins personnelles érode la confiance du public envers l’État et les institutions, réduit l’efficacité et l’équité des politiques publiques et détourne de l’argent du contribuable destiné aux écoles, aux routes et aux hôpitaux. Si les sommes perdues sont considérables, elles ne constituent pas le plus lourd tribut. La corruption mine la capacité de l’État à promouvoir une croissance économique qui profite à tous les citoyens. Cependant, quelques pays ont mené des réformes qui ont permis de  générer des recettes élevées et accroitre leur développement. La Géorgie, par exemple, a considérablement réduit la corruption et ses recettes fiscales ont plus que doublé, augmentant de plus de 13 points de pourcentage le PIB entre 2003 et 2008. Les réformes entreprises par le Rwanda pour lutter contre la corruption depuis le milieu des années 1990 ont porté leurs fruits et les recettes fiscales se sont accrues de plus de 6 points de pourcentage du PIB. On peut s’inspirer de ces modèles ayant déjà fait leur preuve, si l’on souhaite vraiment se débarrasser de ce mal.

Somme toute, la lutte contre la corruption requiert la volonté politique de créer des institutions budgétaires solides qui promeuvent l’intégrité et la responsabilité dans l’ensemble du secteur public. Cette bataille est un impératif moral de tout système politique et une démarche très importante pour garantir le bon fonctionnement des institutions. Elle permettrait au gouvernement d’être plus crédible, de mieux aider et subvenir aux besoins de la population.

Yves MANUEL

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