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Haïti: L’agriculture, un secteur essentiel et vital négligé

Des champs fertiles, de bonnes cultures, des rendements de haute qualité et abondants, l’élevage moderne à grande échelle, la sécurité alimentaire et financière, une meilleure vie pour tous: ce sont des avantages et atouts que peut fournir la terre aux agriculteurs, mais aussi aux habitants du territoire national haïtien. Mais, ces potentiels restent largement inexploités à cause des difficultés auxquelles est soumis le secteur agricole. Les problèmes auxquels font face les agriculteurs haïtiens sont multidimensionnels. Ils sont nombreux ceux qui pratiquent la culture vivrière ou la culture de subsistance, qui ne peut que nourrir les membres de leurs familles et peut-être la communauté haïtienne par extension.

En effet, aujourd’hui l’insécurité alimentaire est encore plus alarmante. On estime qu’autour de 4,3 millions de personnes, c’est-à-dire plus d’un Haïtien sur trois, ont urgemment besoin d’une assistance alimentaire. Cette situation s’aggrave de jour en jour à cause de plusieurs années d’instabilité politique, de catastrophes naturelles, de négligence de l’État et de politiques commerciales qui nuisent à la production agricole. Il y a un déficit d’investissement dans l’agriculture ces dernières décennies. Après diagnostic, on conclut que ce secteur fait face à bien d’autres difficultés. De plus, avec l’instabilité sociopolitique chronique qui ronge le pays, en plus d’être négligé par les autorités haïtiennes, ce secteur fait face à des difficultés de plusieurs ordres. Les techniques et les pratiques qu’utilisent les paysans pour travailler la terre est l’un des problèmes de l’agriculture haïtienne. D’abord, l’outil de base du paysan actuel reste la roue, celle qui était au service l’agriculture depuis la période coloniale. Cette roue accompagne la machette et parfois la pioche avec d’autres variantes. Les paysans utilisent ces instruments pour entretenir tous les travaux. Selon certains agriculteurs, ces outils rudimentaires manquent, en général, d’efficacité. 

« Les outils que nous utilisons depuis plusieurs années nécessitent des mains d’œuvre et aussi une dépense d’énergie énorme. Donc, quelqu’un qui passe plus de dix ans à labourer et remuer la terre finira par être épuisé. Cette activité a de lourdes conséquences sur la santé des laboureurs. Alors, parce que les outils agricoles modernisés sont coûteux, nous continuons à utiliser les mêmes types d’outils à la mode durant la période coloniale », s’est plaint Lazar, un agriculteur de Kenscoff.

Ensuite, le manque d’accès aux produits agricoles à des prix abordables reste un fardeau pour les agriculteurs. Quand les terres agricoles sont cultivées à plusieurs reprises, elles se dégradent et perdent les composantes nécessaires pour une bonne production agricole. Pour faire face à cette situation, les paysans font de l’usage des engrais artificiels leur principale méthode afin de travailler la même terre autant de fois que possible. Ces engrais coûtent assez chers et sont au-delà de la portée des pauvres paysans. 

« Sous l’administration de René Préval, un sac d’engrais se vendait à 400 gourdes. Aujourd’hui, il est passé à 6500 gourdes. Donc, il est pratiquement impossible pour nous les paysans d’investir dans des grandes productions agricoles. J’ai l’habitude de semer plus de vingt livres de poireaux, cette année je n’ai semé que cinq. En plus de la cherté de l’engrais, le livre de poireau coûte plus de 3000 gourdes, selon les variétés », a poursuivi Lazar. 

Il faut aussi préciser que la mauvaise réglementation du marché n’avantage guère ce secteur. De plus, Haïti n’a pas de systèmes formels de soutien financier aux cultivateurs qui leur permettront de développer et maintenir leurs productions agricoles. Bien qu’il existe aujourd’hui plusieurs groupes de micro-finance travaillant dans ce domaine, les cultivateurs sont très peu à y avoir accès; la majorité d’entre eux ignorent les procédures requises pour pourvoir accéder à un financement à long terme et les conditions mises en place par ces institutions financières ne peuvent pas être remplies par les pauvres paysans. « Il y a de cela quelques mois j’ai efféctué un prêt dans une banque agricole, j’ai payé plus de 20% sur ce prêt. On ne peut pas continuer à emprunter de l’argent avec ces taux », a déploré un paysan quadragénaire.

Tout compte fait, la crise de ce secteur est visible à l’œil nu. L’agriculture haïtienne est incapable de répondre aux besoins alimentaires de la population. Il faut donc poser les principaux jalons qui pourraient faciliter la productivité agricole afin de répondre aux besoins alimentaire de toute la population. Car, l’agriculture est l’un des leviers les plus puissants sur lequel agir pour mettre fin à l’extrême pauvreté, renforcer le partage de la prospérité et nourrir les générations présentes et futures.

Jean Kenson CARRIES

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