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Haïti: L’artisanat, victime silencieuse de la crise sociopolitique

Dans la Caraïbe comme au niveau de l’Amérique, voire en Europe, Haïti est reconnue pour la qualité singulière de son artisanat. Installés dans différents coins de Port-au-Prince et des villes de province, les artisans garnissent quasi quotidiennement leurs étagères de produits traditionnels et attendent, très souvent vainement, des acheteurs. En effet, depuis un certain temps, la capacité du secteur artisanal à gagner une part de marché croissante est entravée par un certain nombre de facteurs liés à la crise sociopolitique qui ronge Haïti toute entière.

Depuis quelque années, l’instabilité politique permanente règne à travers tout le territoire national. Les grèves, les manifestations de rues, le phénomène appelé “pays lock” consistant au blocage des routes, perturbent la vie quotidienne. L’insécurité grandissante et les actes de kidnapping sont entre autres maux qui affectent tous les secteurs. Celui de l’artisanat subit les conséquences néfastes de cette crise multiforme et multidimensionnelle.

Le tourisme est au secteur artisanal ce que l’âme est au corps. Ces un fait ! Cependant, depuis belle lurette Haïti est classée parmi les pays à ne pas visiter en raison de la crise sécuritaire. « Depuis plusieurs années, nous ne recevons plus la visite des touristes comme comme c’était le cas avant 2015. Certes, nous les artisans, nous produisons des œuvres d’art, mais nous n’avons personne qui peut en assurer la vente, surtout sur le marché américain », se plaint Claude, un artiste établi sur les hauteurs de Kenscoff, spécialisé dans la peinture sur toile. Les œuvres proposées par les artistes sont essentiellement mises en valeur par les touristes étrangers, compte tenu du fait que le nombre d’Haïtiens qui se donnent la peine d’apprécier et d’acheter les produits artisanaux se compte sur les doigts d’une main.

Si la crise perdure pendant des années encore, cette activité pourra disparaître. Pourtant, dans les années précédentes soit dix ans auparavant, artisans et artistes faisaient les beaux jours des foires culturelles, exposant et vendant leurs produits. Mais avec la crise haïtienne et aussi la criminalité qui fait rage à Port-au-Prince et dans d’autres grandes villes du pays, les citoyens ne s’intéressent presque pas à l’idée d’organiser ces genres d’activité. « La dernière fois que j’ai participé à une exposition c’était en 2015. Depuis lors j’ai reçu des invitations, mais  j’ai refusé. À cause de l’insécurité, il s’avère difficile pour moi de me déplacer d’une zone à une autre ou d’une ville à une autre », poursuit l’artiste Claude. Depuis les années 80, le marché culturel haïtien propose des produits authentiques et originaux réalisés par des artisans-créateurs haïtiens. Jusqu’à date, ces derniers n’ont pas accès au financement nécessaire pour faire fructifier leur Art. « Parfois, nous avons des commandes qui exigent des matériaux additionnels, mais il n’y a aucune banque où nous pouvons accéder facilement au crédit », déplore-t-il. 

Nombreux sont les artisans du pays qui investissent leur temps et leur savoir-faire dans la créativité, mais le marché artisanal devient de moins en moins florissant à cause de la situation chaotique d’Haïti. « Nous travaillons jour et nuit, nous voulons que le pays soit stable et que la paix règne partout afin que la vie normale recommence. Ce sera bénéfique pour nous les artisans », conclut Claude sans grand espoir.

Jean Kenson CARRIES

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