jeudi, juillet 7L'information d'un bout à l'autre

Haïti : L’état de délabrement des écoles publiques, un sujet qui interpelle

Si les Gouvernements antérieurs se vantent d’avoir pu édifier des infrastructures pour renforcer le parc scolaire haïtien, il reste cependant énigmatique de constater que des bâtiments scolaires délabrés, exposés aux risques sismiques et environnementaux, abritent encore des enfants.

Le parc scolaire haïtien regorge de bâtiments délabrés ou inappropriés à l’enseignement au niveau primaire et secondaire. En évoquant la réalité physique des établissements scolaires hors de Port-au-Prince, deux exemples sont à mettre en évidence. Il s’agit de l’École nationale Solon Mondésir de Mapou et celui du Lycée Cléovil Modé à Côtes-de-Fer. Les appels incessants lancés par des acteurs de la société civile organisée, des organisations syndicales œuvrant dans l’éducation sont insignifiants pour interpeller les autorités du Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) à adresser la problématique des espaces scolaires en état de délabrement sur tout le territoire national.

Des édifices logeant des écoles publiques en ruine sont non sans conséquences sur la qualité de l’apprentissage fourni. Le Fonds des Nations-Unies Pour l’Enfance (UNICEF), dans sa charte, souligne la nécessité que les États parties s’engagent à garantir le droit à l’éducation des enfants dans un environnement scolaire adapté. Au regard de cette considération, l’état physique des bâtiments scolaires en déclin peut influer sur le rendement scolaire des enfants et contribuer à la déperdition scolaire. Des scientifiques s’accordent sur le fait que bon nombre d’enfants ont déserté leur classe en raison de l’état de décrépitude des espaces et des idées préconçues qui en résultent en comparaison avec des édifices privés congréganistes, mieux encadrés, par exemple.

À la suite du séisme dévastateur du 12 janvier 2010, le débat sur l’état des établissements publics et privés était revenu sur le tapis. On ignore quels ont été les bâtiments d’envergure effondrés puis reconstruits par l’État haïtien. Cependant, il est d’une vérité troublante que la qualité des infrastructures a fortement contribué à alourdir la liste des victimes. Les chiffres sont imprécis en ce qui concerne les cas des bâtiments inadéquats à céder aux secousses sismiques en 2010 dans l’Ouest et en 2021 dans le Grand Sud.

Il est également à noter que l’ancien ministre de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, Pierre Josué Agénor Cadet, s’enorgueillissait d’avoir opéré des réformes pour améliorer la situation des bâtiments scolaires. « Je suis le ministre ayant construit et rénové plus d’écoles », s’exclamait-il, dans une émission à forte audience à Port-au-Prince. La position du ministre est à relativiser, en étant le ministre ayant le plus régné à la tête du MENFP. Du gouvernement de Jacques Guy Lafontant, à l’équipe conduite par Joseph Jouthe, Pierre Josué Agénor Cadet a dirigé le ministère pendant au moins 4 ans.

Néanmoins, il reste à chercher les grands chantiers exécutés par ce fils du Nord’Ouest, homme de confiance de Jovenel Moïse. Au final, il a été rattrapé par ses canulars en étant incapable d’avancer des chiffres.

D’autres considérations sur la problématique des écoles en état de délabrement résident dans le système de cadastre et le chaos entretenu dans le processus d’autorisation de fonctionnement délivrée par le MENFP. Il est à déplorer que des espaces dépourvus d’un système de secours en cas de catastrophe naturelle ou autres impondérables ont été autorisés à fonctionner. D’autres privés d’espaces de loisirs, condition sine qua non à l’apprentissage, obtiennent la bénédiction de l’autorité de contrôle de l’État. D’où la solution aux maux qui rongent le système éducatif haïtien n’est pas pour demain.

Hervé Noël

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *