vendredi, mai 27L'information d'un bout à l'autre

Haïti : Nous, l’hégémonie des gangs et l’indifférence des élites

De nombreux Haïtiens, en particulier des jeunes, continuent de quitter le pays par tous les moyens, en quête d’une vie meilleure ailleurs. Ces Haïtiens sont fatigués de la faim, du désespoir et ne peuvent plus continuer à vivre le stress quotidien engendré par l’insécurité généralisée  incluant le kidnapping. En dépit de ce triste constat, le Premier ministre Ariel Henry, qui peine à trouver le carburant nécessaire pour faire fonctionner la machine de l’Etat, multiplie les voyages à l’étranger, en quête d’une certaine ‘’reconnaissance internationale’’, et du coup faire taire ses détracteurs le considérant comme un usurpateur de titres, au lendemain du 7 février 2022, date, selon certains, de l’échéance du mandat du feu président Jovenel Moïse.

La réalité socio-économique du pays ne semble guère préoccuper  les tenants du pouvoir, y compris  celles et ceux qui aspirent à son exercice. Les populations de divers quartiers de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, sont prises en otage par des  gangs armés.  Ils violent, tuent, dépouillent et kidnappent presque tous les jours. La police tente de faire des incursions dans les zones criminogènes, mais sans grands résultats. Elle se plaint constamment du manque d’équipements adéquats pour affronter les hommes armés et les mettre hors d’état de nuire.

Dans l’intervalle, ils sont nombreux jeunes ou moins jeunes à vouloir quitter le pays, arguant que la situation est intenable. « Ce n’est pas possible de continuer à vivre dans un pays où la sécurité des vies et des biens n’est pas garantie », se désole Edson Altemar, un étudiant en criminologie à la Faculté des Sciences Humaines,  avoisinant la trentaine. Dans ce contexte, cela signifie purement et simplement que les gens sont désespérés et veulent émigrer un peu partout ailleurs notamment en République Dominicaine, le pays voisin. Selon les statistiques officielles, du 1er septembre 2021 au 3 mars 2022, quelques 32 147 Haïtiens sans-papiers ont été appréhendés par des membres de l’armée de la République Dominicaine alors qu’ils traversaient clandestinement la frontière nord. Face à cette vague d’Haïtiens qui tente chaque jour de traverser la frontière, la République voisine a adopté un ensemble de décisions dont la construction d’un mur, sous prétexte de contrôler sa politique migratoire, le trafic de drogue, la traite des personnes et combattre la contrebande.  

Les organisations de défense des migrants critiquent cet ouvrage entrepris dans la zone frontalière de Dajabón au nord-ouest de la République dominicaine, estimant qu’il provoquera « xénophobie et racisme ». Des politiques, de leur côté, dénonçant le mutisme du gouvernement d’Ariel Henry sur la question, exigent des explications.

Voilà donc autant de dossiers cruciaux  pour une équipe gouvernementale qui tâtonne encore, huit (8) mois après son investiture. Le Chef du gouvernement, accusé par ses opposants politiques de n’être pas à la hauteur de la situation, est à son deuxième voyage officiel à l’étranger. L’un pour participer au Belize à la 33e réunion intersessionnelle des chefs de gouvernement de la CARICOM, l’autre pour assister à la prestation de serment du nouveau président du Chili. Des analystes interprètent ces déplacements du chef de la Primature comme une quête de ‘’reconnaissance internationale’’ ou un signal montrant la stabilité de son pouvoir.

Dans l’état actuel des choses, la communauté internationale, vraisemblablement  inquiétée par le pourrissement de la crise haïtienne, continue d’encourager les acteurs du pays à se mettre autour d’une table en vue de parvenir à une solution consensuelle. Si le tiers restant du Sénat de la République, par le biais de son président Joseph Lambert, croit que cette institution, malgré tout, a un rôle à jouer dans le dénouement de la crise, les Accords de Montana et de Musseau tendent à s’éloigner davantage au lieu de se rapprocher. Chacun des initiateurs desdits Accords campe  sur sa position et refuse de reprendre les discussions alors que le pays est en agonie. La récente visite en Haïti de l’émissaire américain, Anne Witkowsky, tout comme ses prédécesseurs, n’a pas fait bouger les lignes.  

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, en sa résidence privée à Pèlerin 5, dans la commune de Pétion-Ville, les acteurs politiques ont du mal à s’asseoir ensemble, encore moins à trouver un consensus minimal à cette impasse. Alors qu’ils se battent pour la conservation ou la prise du pouvoir, ils attendent tous le diktat « Blanc » pour diriger la machine administrative de l’État,  dans un sens ou dans un autre.

Yves MANUEL

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *