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Haïti: Pourquoi cette bataille acharnée pour la prise et l’exercice du pouvoir?

La démocratie haïtienne est une œuvre qui, depuis sa création, a coûté de grands efforts, des luttes et des sacrifices. Cependant, il y a eu des tentatives de personnes et de groupes de personnes, supposément malades psychologiquement, qui considèrent le pays comme leur parcelle ou leur chasse gardée, dont ils peuvent disposer à leur guise, entachant la vocation démocratique du peuple, ainsi que les processus consolidés au fil du temps.

Lorsqu’un homme ou une femme  est démocratiquement élu pour présider aux destinées de la nation, il ou elle assume la responsabilité de gouverner pour tous, en ayant la Constitution et les lois de la République comme feuille de route. L’une de ses tâches importantes est de nommer des équipes d’honorables, de responsables, d’éduqués, d’accueillants, de bons auditeurs et serviteurs du peuple. C’est une tâche difficile, car ceux qui aspirent à des postes gouvernementaux ne sont pas toujours bien connus. Il faudrait s’appuyer davantage sur les sciences humaines, notamment la psychologie, car certains profils sélectionnés présentent assurément de graves problèmes de santé mentale. Cela éviterait des expériences traumatisantes dans l’exercice des fonctions.

D’autre part, il convient d’éviter qu’ils aient ou aient eu des problèmes en suspens avec le système judiciaire; il faut qu’ils aient la préparation appropriée, à savoir qu’ils soient des personnes capables d’écouter, de dialoguer, de se salir les mains et d’épousseter leurs chaussures. Ils doivent être des Haïtiens qui ne se laissent pas obnubiler par le pouvoir qu’ils détiennent, par le rang ou par les titres qui sont exhibés, mais par la capacité de sympathiser, de prêter main forte, et de donner des  services facilitant le développement réél du pays.

Dans la politique latino-américaine et haïtienne, l’expression « je dois remplir des engagements politiques » est entendue. C’est un critère indécent. La situation est d’autant plus douloureuse que les grands ministères appelés à assurer les projets politiques futurs sont toujours convoités. C’est une déloyauté envers le pays et un coup porté à la démocratie qui nous cause des maux de tête, occasionne la corruption et une croissance ou un développement lents pour tous. L’histoire nous enseigne que l’insertion de personnes incapables d’exercer des fonctions importantes constitue une bévue majeure. Aujourd’hui, nous, citoyens, sommes témoins de ce spectacle désagréable et honteux. Il y a des ministères avec lesquels on ne peut ni inventer ni improviser, comme par exemple l’Éducation nationale. Pendant des décennies, le système éducatif haïtien a traversé des tempêtes et des humiliations qui détériorent la démocratie, qui génèrent des professionnels intellectuellement mal nourris, avec peu d’engagement envers le pays. Guillaume Turcotte, dans son texte « Réinventer la démocratie et la vie politique », soutient que l’éduca­tion est la plus grande force dont une société peut se doter. Pour lui, la participation à la démo­cratie nécessite le recours à des moyens d’éducation, de sensibilisation et de transmission de valeurs.

Si la démocratie signifie le pouvoir au peuple, elle ne l’est réellement que si l’école a le rôle de diffuser la culture pour préparer les citoyens à être plus conscients que ceux d’aujourd’hui. Une école n’est vraiment démocratique que si elle a au moins une longueur d’avance sur la société moyenne, si elle est capable de présenter aux élèves ce qu’il y a de mieux dans la société contemporaine et de les préparer aux changements possibles, donc elle est à la fois un conservatoire pour les cultures qu’elle diffuse mais aussi un laboratoire d’expérimentation des progrès de la démocratie. 

En guise de conclusion, pour avoir le pays tant souhaité où il y aura moins de corruption, des gens animés de la bonne volonté de servir, priorisant les intérêts nationaux au détriment des besoins personnels, il faut à tout prix repenser notre système éducatif. Car à bien y regarder, face à ceux-là et celles-là qui sont appelés à servir la nation, on peut s’arroger le droit de demander s’ils ont encore un minimun de conscience? Cette question demeure pendante. Toutefois, il est à noter que  l’accumulation des richesses rapides, entre autres la satisfaction de ses besoins, priment sur le devoir de servir. D’où la sempiternelle lutte entre les politiciens de tout acabit pour la prise et l’exercice du pouvoir.

Yves Manuel

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