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Haïti : un système judiciaire en putréfaction dans une société effondrée

Les dossiers à scandale qui fragilisent le système judiciaire interpellent au même titre que leurs séquences de répétition. En Haïti, on s’interroge sur ce qui reste de la justice prise dans une spirale de délits d’initié, de crise de modèle, de manque d’éthique, de trafic d’influence dans la pratique du métier du Droit par ses professionnels.

L’enquête relative à la saisie à Port-de-Paix, le 1er juillet dernier, d’une importante cargaison d’armes et de munitions conduite par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) basculée dans des révélations de corruption impliquant des proches du Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP), Me Berto Dorcé, n’est que l’arbre qui cache la forêt, selon des observateurs. Nombreux sont les avocats ou autres professionnels du Droit qui, par des pratiques déshonorantes, salissent l’image de la profession.

En mois d’un mois, deux scandales majeurs ont secoué l’appareil judiciaire haïtien. L’arrestation du propriétaire du navire « Miss Lili », Jonas Georges, et du commissionnaire d’un chargement d’armes et de munitions, Fritz Jean-Rélus, a auguré l’espoir d’un procès historique compte tenu des conséquences du trafic illégal d’armes et de munitions, considéré comme un levier important pour alimenter l’insécurité. Véritable coup de théâtre ! Les deux suspects ont pu recouvrer leur liberté sans aucune forme de procès. La nouvelle a eu l’effet d’une bombe et scandalisé l’opinion. Il s’en est suivi une enquête commanditée par la DCPJ pour fixer les responsabilités dans l’ordonnance du magistrat Virgile.

Comme un effet de boomerang, d’autres têtes ayant influencé la décision du chef de la poursuite vont être tombées. Le parquetier, interpellé par la PNH, est passé aux aveux pour révéler ses autres collaborateurs et complices dans cette grimaçante affaire. Un acteur, pas des moindres, Robinson Pierre-Louis, secrétaire général de l’Ordre des avocats du Barreau de Port-au-Prince, est mis sur le banc des accusés. Le concerné aura beau nier les faits, mais sera rattrapé par les révélations compromettantes du commissaire Michelet Virgile. Dans les coulisses, on évoque d’autres coupables à comparaître dans le cadre de ce dossier. L’entourage du ministre Berto Dorcé est plus qu’agité, son cabinet doit affronter des rumeurs et des balivernes de tout acabit. Le titulaire du MJSP comme son collaborateur sont dans la tourmente. Des voix hésitent encore à innocenter Me Dorcé en mettant en avant son passé troublant dans le système judiciaire et une éventuelle implication par ses seconds couteaux.

L’histoire remuante de procès à scandale et des décisions judiciaires controversées s’est inscrite dans une dynamique constante. Les cas de corruption, de malversation, de délit d’initié, de trafic d’influence qui éclaboussent des avocats, magistrats, greffiers et autres acteurs de la chaine pénale sont légions. Dans un passé non moins récent, on s’en souvient des remous causés à la suite de l’ordre de libération prononcé par un tribunal en faveur de l’ancien député Jean Fenel Tanis, pourtant impliqué dans le trafic de drogue. Des arrangements entre avocats et juges ont écorné l’image du secteur. L’affaire de l’ancien sénateur Onondieu Louis, blanchi par le juge Jean Osner Petit-Papa, est un détail sur lequel les gens se focalisent au détriment de l’ensemble. 

Ces éléments appellent également à poser le débat sur la trajectoire des professionnels du Droit, leur formation académique, leur environnement familial. Il revient également à questionner, dans le cas des juges à réputation douteuse, le rôle du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire(CSPJ).

Hervé Noël 

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