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Jovenel Moïse : trois assassinats sur un seul homme

Il y a plusieurs records dans l’histoire de la Présidence en Haïti. Les uns plus burlesques, plus insolites et plus tragiques que les autres. Du président à avoir passé le moins de temps au pouvoir à celui dont le passage a duré le plus de temps, en passant par celui qui a explosé les scores en matière de connerie officielle. A coté de ceux-là, il y a Jovenel Moïse, le Président de la République le plus assassiné au pouvoir. Oui, l’histoire devra retenir qu’il l’a été à un triple niveau.

Apres avoir été désigné comme poulain de Michel Joseph Martelly, le natif de Trou du Nord a battu campagne normalement pour devenir Président. Ce qu’il n’a pas su, c’est que sa période de campagne électorale quoique mouvementée, avec des allers-retours un peu partout sur le territoire national, aura été la plus paisible de toute sa vie politique. Une fois qu’il a prêté serment au terme de deux tours de scrutin, Jovenel Moïse n’a jamais eu de pause dans le marathon calamiteux qu’a été sa Présidence. Ses détracteurs se multipliaient à mesure que son quinquennat se déroulait. Il n’était certainement pas un enfant de chœur avec zéro passif et zéro cadavre dans le placard, mais l’acharnement et la fréquence avec laquelle les attaques le ciblaient donnaient l’impression que c’était le Chef de l’Etat qui avait le plus d’ennemis dans toute l’histoire du pays. Ainsi, il a subi son premier assassinat : celui perpétré contre son caractère. Pendant 4 ans et 6 mois, Jovenel Moïse s’est fait dézinguer régulièrement, tant sur les réseaux socionumériques que dans les media traditionnels, voire dans la rue, partout.

Durant la période comprise entre février 2017 et juillet 2021, Jovenel Moïse a essuyé quelques attaques qui visaient à l’atteindre physiquement. Celles-là étaient symptomatiques d’une volonté existante de lui ôter la vie. Mais dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, cette volonté a connu son apothéose : Jovenel Moise a subi son deuxième assassinat : celui contre l’homme fait de chair et de sang qu’il était. De la plus cruelle des manières, il a été torturé, puis tué.

Malheureusement, la série ne s’arrête pas là pour lui. Depuis cette fameuse nuit où l’on parle du magnicide de Pèlerin 5, le nom de Jovenel Moïse revient quasiment tous les jours dans les conversations de voisinage ou dans les interventions publiques. Son nom revient non pas seulement pour le plaindre comme une énième victime de la force obscure à qui justice ne sera jamais rendue, mais aussi pour le blâmer, lui reprocher ou le critiquer de n’avoir pas fait ceci ou cela. Une grande partie du conscient collectif impute au défunt « Nèg bannann nan », une grande part du malheur actuel du pays. Selon les partisans de l’ancien Chef de l’Etat, tout ceci est assimilable à un troisième assassinat : celui-ci est orchestré contre la mémoire du 56ème Président de la République. Des trois assassinats, le dernier tend à se faire en continu. Tant qu’il y aura des gens qui le plébisciteront par mesquinerie à des fins électoralistes, il y aura toujours d’autres qui cracheront sur son cadavre. Ainsi JoMo ne pourra jamais se reposer en paix.

Kensley Marcel 

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