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La continuité de l’Etat, l’eternel défi des dirigeants haïtiens

Plus de trois décennies depuis qu’Haïti négocie un virage vers la démocratie, l’on peut constater que certaines notions élémentaires qui relèvent de la gestion de l’administration publique dans un Etat démocratique font défauts aux différentes cohortes de dirigeants qui se sont succédé. Parmi elles, la notion de continuité de l’Etat. De nombreux spécialistes ont élaboré des théories sur cette notion, un regard sur l’une des plus pertinentes pourrait mieux aider à cerner les lacunes des dirigeants en la matière.

« L’entendement primordial de cette notion de continuité de l’Etat tourne autour de la permanence des Institutions et des Services d’utilité publique ou privée dans la réalisation de leurs tâches, mais dont les Acteurs et les Animateurs ne sont pas immuables, mais interchangeables dans la succession de mandats politiques ou nominatifs ».

La continuité de l’Etat est une figuration institutionnelle, impersonnelle et atemporelle ancrée dans la conscience collective des citoyens et dont la saisie est de portée générale et abstraite, voire intellectuelle, indiquant ainsi la volonté collective de perpétuer l’Etat et ses institutions. Aussi, peut-on conclure que la continuité de l’Etat ne peut empêcher ni la fin d’un mandat électif ou nominatif, ni  l’ouverture d’une procédure de vacance dans toutes les Institutions politiques et Services publics ou privés suivant les conditions prévues par la Constitution d’un Etat et par les textes légaux ou normatifs.

En Haïti, à chaque fois qu’on change de régime, le compteur est en quelques sortes remis à zéro dans l’administration publique ; chaque initiative, chaque projet ayant vu le jour sous l’impulsion de l’administration précédente est suspendu net, ou subi des modifications radicales dans le meilleur des cas. 

On peut accepter que le cas précité soit dans l’ordre des choses compréhensibles, puisque chaque régime a sa vision de la réalité et par conséquent son propre programme pour y intervenir. En revanche, ce qui est inadmissible et pourrait être jugé absurde par certains, c’est quand la rupture s’opère sous le même régime. On a déjà vu des replâtrages qui mettent à mal l’impérativenécessité de la continuité de l’Etat. Les cas de figure illustrant cet état de fait sont multiples et sont observables à plusieurs échelles. Ça part de la plus simple routine dans l’administration publique au processus de déroulement du plus grand projet de politique publique. On en voudrait pour preuve, notamment les retards dans la procédure de paiement des salaires mensuels des fonctionnaires de l’Etat. Le moindre petit changement au niveau du gouvernement provoque des impacts nuisibles sur cet aspect de la fonction publique. Des chantiers en cours dans tous les compartiments de la République où la subtilité de la politique se manifeste, n’en parlons mêmepas.    

Au constat, l’assassinat du Président de la République, Jovenel Moïse, entraine de gros changements politiques avec des incidences sur le social, du coup, toute la mécanique relativement stable pendant un temps a été ébranlée. Compte tenu du fait que la cassure survient en plein milieu du processus d’organisation des examens d’Etat, d’aucuns s’en inquiètent. Au regard des manquements moult fois confirmés de nos dirigeants quand il s’agit d’assurer la continuité de l’Etat nul ne saurait nier la légitimité d’une telle crainte. Ce qui justifierait de surcroit les inquiétudes à ce niveau, c’est que les dirigeants sortant n’ont pas eu le temps de liquider les affaires courantes. Quel est l’avenir de l’électrification nationale ? De la réforme constitutionnelle ? Des élections générales de 2021 ? Beaucoup de questions, pour zéro réponse…, du moins pour l’heure. 

Kensley Marcel

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