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La République Dominicaine construit un « Mur », entre Haïtiens construisons des « ponts »

Pour combattre l’immigration irrégulière et la contrebande, le gouvernement dominicain, comme l’avait annoncé personnellement le président Luis Abinader le 27 février dernier, a déjà érigé des kilomètres de clôture sur la ligne frontalière avec Haïti. Projet d’envergure du chef de l’Etat dominicain. La clôture qui doit s’étendre sur plus de 300 kilomètres de long sera parfaitement équipée de capteurs de mouvements, de caméras de reconnaissance faciale, de radars et de systèmes à rayon infrarouge. Haïti qui partage l’île d’Hispaniola avec la République Dominicaine, est considère depuis quelques temps par les autorités de ce pays comme un danger imminent en raison des flux migratoires excessifs, de la contrebande, du trafic de drogue qui s’opèrent sur la frontière régulièrement.

Entre la République Dominicaine et Haïti, les rapports diplomatiques ne sont pas toujours au beau fixe. Ils sont parfois tumultueux, parfois courtois ; mais la question de la migration a toujours été un irritant. Les progrès économiques de la République Dominicaine pendant ces 30-40 dernières années ont attiré de façon considérable la main d’œuvre haïtienne. La République voisine est devenue un pôle d’attraction pour les Haïtiens qui veulent échapper aux conditions de vie désastreuse d’Haïti. En ce sens, certains traversent la frontière par milliers en quête de mieux-être. Cette situation échappe au contrôle du gouvernement dominicain qui s’évertue à le combattre ou du moins le contrôler. Donc cette clôture frontalière vise à combattre l’immigration excessive et irrégulière des Haïtiens vers la République voisine. 

« La construction de cette clôture vise à mettre fin aux graves problèmes d’immigration illégale, au trafic de drogue et au trafic de véhicules volés », avait martelé Luis Abinader dans son discours de célébration de l’indépendance de son pays le 27 février dernier. Ses intentions sont limpides. L’Etat haïtien avec lequel le Président dominicain a conclu un accord le 14 janvier 2021 pour réduire le flux migratoire irrégulier et renforcer la sécurité et la surveillance aux frontières, ne s’est toujours pas prononcé sur ce mur de séparation qui défraie la chronique là-bas.

Déjà à l’annonce de la construction de la clôture, des voix se sont ouvertement opposées à cette idée. Juan Del Rosario, professeur à l’université autonome de Saint Domingue a estimé que « ce mur ne résoudra pas le problème migratoire autant que la misère abjecte et l’instabilité persisteront en Haïti ». Pour William Charpentier, coordonnateur du Bureau National Dominicain pour les Migrations et les Réfugiés, la construction de cette longue séparation représente des « dépenses inutiles ». Aujourd’hui encore d’autres voix s’élèvent pour questionner le bien-fondé d’une telle démarche.

Officiellement, les deux pays partagent quatre (4) points frontaliers, mais on en dénombre plus d’une vingtaine d’autres points de passages non contrôlés. Les rapports commerciaux entre les deux pays sont de loin bénéfiques à la République Dominicaine qui considère Haïti comme son espace privilégié pour écouler ses produits. Dans le domaine de la construction et de l’industrie, la main d’œuvre haïtienne se révèle indispensable. Donc, l’Haïtien est un atout majeur dans le progrès vertigineux que connait Saint Domingue depuis un certain temps. Ce qui pousse plus d’un à se demander si la construction de ce mur n’est pas un moyen pour les Dominicains de continuer à mettre en exécution la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine de retirer la citoyenneté dominicaine aux Haïtiens nés après 1929. 

La clôture fait débat en Haïti et en République Dominicaine. La frontière a toujours été un manque à gagner énorme pour Haïti qui perd environ 400 millions de dollars par an, selon Georges Sassine, président de l’Association Des Industries d’Haïti (ADIH). L’Etat haïtien, visiblement, n’a jamais pris de mesures drastiques visant à freiner la contrebande à la frontière. Certaines personnes continuent de s’enrichir de façon illicite au détriment de la population. L’Etat semble être complice. La corruption, la contrebande doivent être combattues constamment par les autorités étatiques. De son coté, Luis Abinader est déterminé à y mettre fin. La construction de la clôture sur la frontière vise en tout premier lieu à sécuriser le territoire dominicain et à protéger les intérêts économiques, sociaux et politiques des citoyens. D’ailleurs, il faut préciser que la construction du mur se déroule entièrement sur le territoire dominicain à environ quatre bornes frontières. Entre-temps, si rien n’est fait de la part de l’Etat haïtien pour freiner l’immigration avec la création d’emplois à grande échelle, combattre l’insécurité et protéger la vie et les biens des citoyens, si rien n’est fait pour combattre la contrebande pour permettre à l’Etat d’avoir plus de capitaux pour investir, les Dominicains auront toujours plusieurs longueurs d’avance sur nous et nos frères haïtiens continueront d’être traités comme des moins que rien.

Ricot Saintil

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