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Le travail de La Police Nationale d’Haïti ou la représentation du mythe de Sisyphe

Depuis sa création en 1995, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a toujours été décriée et fait l’objet de méfiance auprès de la population. Le degré de méfiance peut être fort ou faible suivant ce qui caractérise la conjoncture. Certaines fois on l’accuse d’être trop au service du pouvoir, et dans ce cas elle n’inspire pas confiance étant assimilée à un outil de répression, d’autres fois on lui reproche son excès de nonchalance. Dans un cas comme dans l’autre l’institution policière, à un certain niveau, a toujours été une espèce de victime en ce sens qu’un volet de son travail est souvent saboté ou annihilé. L’institution peut ne pas être en odeur de sainteté, diverses raisons peuvent étayer un tel point de vue. Néanmoins, cela ne justifie en rien que la justice dans sa face sombre rende les efforts des agents de l’ordre assimilables au travail de Sisyphe, surtout en ce qui concerne les arrestations des membres de gangs.

On imagine bien combien cela peut être frustrant pour des agents de l’ordre de croiser dans les rues, ou dans d’autres circonstances, un bandit notoire deux jours après l’avoir arrêté en flagrant délit. Très souvent cela arrive sans que ce criminel ne se soit évadé mais libéré par un juge instructeur, un commissaire du gouvernement sous l’impulsion d’un potentat de la politique. Jean-Paul Sartre dirait qu’une telle situation relève de l’absurde le plus brutal. D’autant que le policier à la base n’est pas toujours hyper motivé pour faire la besogne et on en connait les raisons. A coté du policier, le citoyen qui, dans son élan de civisme, a collaboré avec les forces de l’ordre en fournissant des informations en vue de la capture d’un malfrat, lui aussi est désappointé. A posteriori, il serait illogique de leur en vouloir s’ils montrent des hésitations à continuer. 

L’effort de Sisyphe ne concerne pas uniquement les arrestations mais les saisis également. Combien de fois un stock de stupéfiants saisis est revenu sur le marché ? Combien de fois des armes ayant servi à commettre des crimes sont revenues dans le paysage après avoir été constituées pièces à conviction ? Les nombreux rapports de disparition de corps du délit au Palais de justice peuvent abonder en ce sens.

Si on reproche sévèrement aux policiers d’être proches des gangs ces jours-ci, et Dieu seul sait à quel point certains agents le sont vraiment, ne serait-ce pas correct de mettre en cause les faits préalablement évoqués ? Parce qu’il faut qu’on soit clair : quand un policier vit ce genre d’expérience, cela le conduit forcément à constater la vanité de son travail. Ce qui ne saurait être une excuse pour l’agent des forces de l’ordre d’aller travailler pour le compte des chefs de gang tout en portant l’uniforme.

Kensley Marcel

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