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L’émiettement de la société haïtienne, obstacle majeur à une prise de conscience collective

Nous sommes une société émiettée, morcelée, divisée en plusieurs « petites sociétés », traversées chacune par sa propre logique d’action. Le kidnapping a exposé de la plus mauvaise des manières cette logique clanique, où chaque secteur organise des mouvements de protestation pour exiger la libération de l’un de ses membres enlevé par un gang quelconque. Un médecin kidnappé bénéficie de la solidarité de ses pairs, un avocat de la compassion des membres de la basoche, un journaliste de la puissance d’opinion de ses confrères, ainsi de suite. Cela veut dire que la société n’est pas suffisamment intégrée pour lutter collectivement contre ce phénomène qui pourtant représente un danger collectif.

Ce qui caractérise les sociétés modernes, c’est leur capacité d’emprise sur elles-mêmes. Elles sont conscientes de leur existence, elles maîtrisent leur environnement et dégagent une vision moderne et collective du bien commun et du bien-être collectif. Elles sont suffisamment organisées pour planer au-dessus des associations, des confréries, des syndicats, des différents secteurs du tissu social et s’inscrivent dans une dynamique de régulation de la vie sociale, politique et économique au niveau macro. La société haïtienne est aux antipodes de ces sociétés-là. La nôtre est stratifiée, mais surtout divisée.

Cette vision qui s’apparente à une logique clanique s’explique par l’atomisation du corps social. C’est une société minée par des contradictions, traversée par des pathologies multiples. Une société où les enjeux ne sont pas suffisamment socialisés pour devenir un problème collectif nécessitant une réponse collective, est condamnée à disparaitre. Une société qui a perdu la notion de bien-être collectif, où les intérêts particuliers priment sur les intérêts collectifs ne pourra jamais faire face à l’inégalité sociale, à la corruption, à l’insécurité sous toutes ses formes. Au-delà de l’esprit de solidarité qui doit habiter les individus appartenant à un même secteur, ils doivent d’abord et avant toute chose se retrouver dans les valeurs, les traditions, la culture et l’identité de leur société. La société doit être, le « Méga Champ » dans lequel s’insèrent tous les autres champs. On ne le dira jamais assez : « Les intérêts collectifs doivent primer sur les individuels ».

Les bandits continueront à nous priver de notre liberté pleine et entière, autant de fois que les protestations se font par secteur. La société haïtienne ne peut pas continuer à agir de manière séparée. Les différents acteurs quel que soit leur secteur d’appartenance doivent comprendre qu’il faut laisser leur confort de clan pour lutter collectivement contre le kidnapping. Les acteurs doivent comprendre qu’il faut collectivement lutter contre l’insécurité, contre l’ingérence internationale, contre la corruption, contre tout ce qui représente un obstacle au bien-être collectif. La conscience collective, l’esprit de solidarité constituent la seule échappatoire à nos malheurs actuels. Il faut travailler à l’intégration de la société haïtienne, au renforcement du lien social pour surmonter les épreuves présentes et futures.  

Ricot Saintil

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