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Léogâne vibre au rythme du Rara

Fini le Carnaval, place au ‘’Rara’’. Chaque année, à Léogâne, le jeudi qui suit le mercredi des Cendres est la date officielle du lancement de la ‘’saison Rara’’ qui s’étend, traditionnellement, jusqu’au lundi suivant le dimanche de Pâques. Léogâne s’impose depuis des lustres comme la ville-référence par excellence en matière de Rara. Cette commune du département de l’Ouest est communément appelée « Bastion du Rara ». Parallèlement dans l’Artibonite, le Rara est tout aussi important et garde toute son originalité traditionnelle.

Déjà, la Cité d’Anacaona est en liesse. La ville qui vibrait depuis la fin de l’année 2020 au rythme des tambours, des trompettes, des tchatchas et bien d’autres instruments avec les répétitions des bandes de Rara, est en fête. « A Léogâne, on ne négocie pas cette période de l’année…», déclare un dirigeant de Rara. « Aucune autre fête n’est plus importante que notre Rara, c’est une tradition à laquelle on ne déroge pas », renchérit un fervent danseur de Rara.

L’origine du Rara, malgré les différentes recherches, fait toujours objet de débats.  L’Anthropologue Joseph Ronald Dautruche, dans son travail de recherche sur le Rara intitulé  « Le Rara de Léogâne, entre fête traditionnelle liée au vodou et patrimoine ouvert au tourisme », affirme que le Rara fait référence à des fêtes traditionnelles haïtiennes commençant le lendemain du mercredi des Cendres et finissant le lundi d’après la période pascale. Les manifestations sont animées par les bandes de Rara, généralement dans la rue, et rassemblent une immense foule dansant et chantant au rythme du tambour, l’instrument central de la musique Rara.

A Léogâne, les bandes de Rara qui sont plus d’une trentaine, ont leur ‘’Lakou’’, haut lieu symbolique et mystique. Chaque bande avant d’investir les rues se réunit dans son Lakou, pour faire appel aux Loas (esprits), leur demandant protection (liminen). Tout un rituel accompagne le Rara de Léogâne. Cette période de l’année marque profondément la vie sociale, politique, touristique et nocturne de cette commune.

Reconnu à l’origine come une fête rurale, le Rara de Léogâne s’installe dans la vie urbaine. Les bandes continuent de respecter leurs parcours traditionnels, leur visite de courtoisie réciproque, mais s’obstinent depuis quelques temps à parcourir le centre-ville pour créer la polémique et alimenter les débats dans la presse. Le Rara de Léogâne attire la grande foule. Certaines bandes sont plus connues que d’autres et drainent un nombre important de fans à chaque sortie. Au lendemain du mercredi des Cendres jusqu’au lundi qui suit le dimanche de Pâques, les stations de radio, les chauffeurs de taxi, les bars et les « Atè Plat » seront en ébullition avec la diffusion en boucle des musiques des bandes de Rara.

Le Rara de Léogâne vit également de sa diaspora. Les Léoganais des États-Unis, de la France, du Canada, de l’Amérique du Sud et des Antilles contribuent énormément pour assurer la sortie des bandes de Rara. Qui plus est, certains s’arrangent très souvent pour être présents. Cette culture est ancrée dans le vécu de la diaspora qui ne peut s’en passer. D’un autre coté, des politiciens exploitent le Rara à des fins politiques. D’une façon ou d’une autre, le Rara fait radicalement partie des mœurs du citoyen léoganais, qui fait de cette manifestation culturelle, un évènement singulier dans sa vie.

Ricot Saintil

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