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Les « Timoun 2000 » victimes de l’absence d’un « projet de société »

À l’heure où des discours discriminatoires déferlent à l’endroit des « Timoun 2000 » (Génération 2000 en français) qui seraient des pervers, des dépravés, des malléables et des cupides, il est opportun de sonner le tocsin sur l’irresponsabilité collective qui a conduit pas mal d’enfants nés en cette période au fond l’abîme.

La grande majorité des jeunes nés à l’aube de ce millénaire vivent majoritairement en marge des valeurs, aux antipodes des bonnes manières. C’est un secret de polichinelle ! A la réflexion, ils ne sont pas les seuls responsables ; la culpabilité est donc partagée. On raconte qu’un jour, un groupe d’élèves du Nouveau Secondaire 2 ont publiquement avoué ne pas connaitre des acteurs de cinéma et réalisateurs haïtiens de grande envergure comme Jean Gardy Bien-Aimé, Réginald Lubin… Imaginez une génération qui n’a aucune idée des films à succès et à portée instructive comme Les Couleurs de la dignité, La Victime, La peur d’aimer, Le vent du désir etc. Il faut croire que cette génération-là est en manque de culture, donc quasiment sans âme. A qui la faute ?

Il y a de cela environ une quinzaine d’années, toute une pratique existait pour inciter les jeunes à s’instruire. Citons à titre d’exemple, les jeux de correspondance entre écoliers. Aussi, la disponibilité d’autres espaces de loisirs à but instructif comme les salles de cinéma, les places publiques à caractère attractif. Chacun de ces lieux aidait les enfants à trouver de l’équilibre mental.

En janvier 2010, ces principaux lieux de rencontres se sont effondrés (Ciné Impérial, Capitol, Rex…), inaugurant ainsi une période de dégringolade dans un pays où l’Etat moribond commençait à rédiger son testament. Ces bâtiments sont encore en ruine 11 ans après le tremblement de terre. Les jeunes de 20 ans d’aujourd’hui étaient âgés de 10 ans à l’époque de l’effondrement de ces édifices. De là, il est peu ou prou facile de mesurer quelque peu l’une des causes de la déchéance juvénile… De 2010 à 2016, les jeunes ont changé de champs de distraction. Par exemple, ils sont passés du DVD que pouvaient se procurer de rares familles, à l’internet hautement démocratisé. Définitivement, les jeunes se sont tournés sans brides vers les réseaux sociaux. Dans un entretien accordé au Journal la Diaspora, Claudel Victor, fin connaisseur en technologie, a précisé que l’histoire de l’internet en Haïti a trois dates importantes. L’année 2000 qui rappelle les premiers jours de l’internet en Haïti ; 2010, l’année où l’internet mobile s’est démocratisé de manière outrancière, ne représentant presque plus un luxe ; 2016 l’année de l’explosion des médias en ligne. Tout compte fait, l’utilisation effrénée et inappropriée de l’internet est l’un des aspects de la dépravation juvénile.    

La génération 2000 est victime de l’irresponsabilité des décideurs qui n’ont élaboré aucun programme, aucune politique publique en sa faveur. C’est une jeunesse laissée pour compte, livrée à ses instincts et en proie à toutes sortes de malheurs. La faillite de l’Etat a entrainé la faillite de tout, notamment de la jeunesse ce « haut lieu d’apprentissage ». Pour que l’histoire ne se répète pas, seul un « Projet de société » sauvera les générations de demain.

Junior Luc

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