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Passeport caribéen : les avantages dont jouit le détenteur

Le nouveau passeport haïtien porte désormais la mention ‘‘CC’’ relative à son appartenance à la communauté caribéenne dont font partie 14 autres pays ayant ratifié le traité de Chaguaramas. Cette disposition a été prise par l’Etat haïtien en vue de faire suite au processus d’intégration des citoyens du pays dans la libre circulation des personnes qualifiées à travers des pays caribéens sans un visa préalable, selon le diplomate Peterson Noël qui s’exprime à ce sujet. Bien que le traité de Chuagaramas interdise toute discrimination basée sur la nationalité, des pays interdisent aux Haïtiens l’entrée sur leur territoire à cause du flux migratoire que cela implique, a souligné M Noël.

Alors que de nombreux jeunes haïtiens rêvent de quitter le pays à cause de la crise sociopolitique et de la situation économique désastreuse, le nouveau passeport haïtien portant la mention de la communauté caribéenne suscite de l’intérêt. Si le traité de Chaguaramas favorise le renforcement de l’intégration économique régionale par le biais d’un marché unique caribéen (CSME)  ainsi que la circulation sans restriction des capitaux, de la main-d’œuvre et de la technologie, seule une catégorie de personnes peut bénéficier de la libre circulation. Les universitaires, les sportifs, les journalistes sont, entre autres, ceux qui font partie de cette catégorie de personnes qualifiées. Ils peuvent circuler librement voire travailler dans les pays de la région sans l’obtention préalable d’un vis, nonobstant qu’ils aient reçu un certificat du Ministère des Affaires Étrangères, précise le diplomate et économiste Peterson Noël.

Haïti, victime de discrimination

Si la qualification de cette catégorie nécessite l’implication du Ministère des Affaires Étrangères, d’autres dispositions légales doivent être prises par l’Etat haïtien en modifiant certaines lois, de l’avis de M. Noël. Alors que les citoyens de la grande majorité des pays de la CARICOM bénéficient des avantages de la libre circulation des personnes, les Haïtiens sont victimes d’une certaine forme de discrimination à travers certaines restrictions imposées par de nombreux pays de la région. 

Pour le diplomate qui est également un économiste, la véritable raison liée à cette discrimination est la situation économique désastreuse qui prévaut dans le pays. Ce qui pousse des Haïtiens à fuir le pays en vue de s’installer définitivement dans les pays voisins au lieu d’y effectuer des voyages. Présidant la communauté en 2018, le premier Ministre de la Barbade, Mme Mia Amor Mottley, avait choisi de respecter tous les termes du traité de Chaguaramas. Néanmoins, l’affluence des Haïtiens dans ce micro-état insulaire a valu à Mme Mottley des critiques acerbes de la part de ses compatriotes. Fort souvent, ce ne sont pas des professionnels qualifiés qui émigrent vers ces îles comme c’est parfois le cas pour les Etats-Unis ou le Canada et même des pays européens dont la France. 

« Fuyant la misère et l’insécurité, de plus en plus de citoyens haïtiens migrent vers d’autres pays notamment vers ceux de la région. Nombreux sont ceux qui partent s’installer définitivement dans ces zones et cela bloque l’accès aux autres personnes qualifiées qui pourraient bénéficier des avantages de la communauté caribéenne en respectant les procédures légales », regrette M. Noël. 

Un recours en justice est possible

Si les mesures discriminatoires sont appliquées à cause de cela, un citoyen haïtien, victime de ces dernières, peut toutefois contester la décision. Néanmoins, il s’agit d’un long processus. Selon Peterson Noel, tout citoyen haïtien qui se voit refuser l’accès voire emprisonner par les agents de l’immigration du pays hôte peut solliciter de l’aide du Ministère des Affaires Etrangères afin de porter plainte pour discrimination devant la Cour Caribéenne de Justice (CCJ).  Bien que les démarches puissent être longues, la procédure est toute tracée, souligne le diplomate qui rappelle que des Jamaïcains ont déjà eu recours à la CCJ après avoir été victimes d’actes discriminatoires dans un pays voisin. 

Avec la mention CC, le nouveau passeport haïtien devrait permettre la libre circulation des citoyens dans la région sans avoir besoin d’un visa. Si dans la théorie il n’y a aucune restriction, dans la pratique, Haïti est loin de bénéficier de tous les avantages de la communauté caribéenne. Sachant que le pays se trouve dans une spirale d’instabilité politique depuis des décennies, l’on se demande si les autorités auront à prendre des mesures afin que les échanges culturels voire économiques deviennent une réalité compte tenu de sa richesse et de sa diversité.

Marvens Pierre

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