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Les vodouisants réclament plus de droits

17 ans après l’arrêté présidentiel de 2003 lui octroyant une autonomie religieuse, le vodou se renforce juridiquement avec le processus d’assermentation devant les doyens des tribunaux civils. Avec des chefs de culte assermentés, le vodou franchit une étape de laïcité.

« Toutes les religions sont libres », rappelle le Houngan Claudomir Clodel, faisant référence aux prescrits de l’article 30 de la constitution haïtienne de 1987. Voulant jouir à tout prix de cette liberté de culte et de conscience, les vodouisants ont entamé des démarches pour permettre à des Mambo et Houngan d’être assermentés. « Plus les chefs de culte vodou suivent les chemins tracés par la loi, plus la religion vodou sera souveraine », déclare Claudomir Clodel. Pour lui, la compétence des autorités religieuses doit être en parfaite harmonie avec les prescrits de la loi. « En vertu de l’article 5 de l’arrêté du 4 avril 2003, les chefs de culte vodou peuvent devenir officiers religieux, et nous avons entamé les démarches nécessaires  pour y arriver », explique-t-il.

Officier religieux, un titre qui octroie aux vodouisants les mêmes prérogatives juridiques que les prêtres catholiques et les pasteurs protestants, dans l’accomplissement de leurs rôles juridiques. Impatiente de franchir cette nouvelle étape, la Mambo Euvonie Georges Auguste, qui s’est confiée au journaliste Marc-Evens Lebrun, se dit déterminée à rester mobilisée pour obtenir la jouissance de ce droit : « Nous irons jusqu’au bout malgré les tentatives de boycottage de certaines autorités judiciaires en fonction de leur foi chrétienne. »Voulant faire respecter le vodou comme une religion à part entière, les chefs de culte se tiennent prêts à comparaître devant le doyen du tribunal de Port-au-Prince pour prêter serment et devenir ministres religieux.

Plusieurs rôles à jouer

« Un officier religieux est une personne nommée par une autorité religieuse. C’est un guide qui participe à l’épanouissement spirituel de la communauté » explique le Houngan Clodel. Il a ainsi plusieurs rôles au sein de la société. D’abord un rôle juridique, dans lequel le ministre de culte ou l’officier religieux accomplit les rites de la religion, « Une fois assermentés, les Chefs de Culte Vodou peuvent être habilités à célébrer baptêmes, mariages et funérailles ». Puis un rôle social, dans lequel il accomplit la mission de rassembleur que lui confie sa communauté. Il favorise l’engagement des adeptes dans leurs communautés et veille à la sauvegarde du patrimoine religieux.

Vers une vraie laïcité

La laïcité, ce concept politique qui vise à encourager la neutralité et l’impartialité de l’État à l’égard des diverses conceptions religieuses, est en pleine progression en Haïti. Elle exprime la séparation nette et claire du domaine de l’État de celui des religions, une démarcation entre la sphère publique et la sphère privée, une distinction entre le profane et le sacré.Malgré le long chemin qu’il reste à parcourir, l’assermentation des chefs de cultes vodou est un mouvement de laïcité des temps modernes qui s’inscrit dans une mouvance des droits de la personne humaine.

Notons que jusqu’à date, seulement trois vodouisants haïtiens sont habilités par l’État pour agir comme officier d’état civil. Il s’agit des hougans Noelis Ceddral, dans le Sud, Nerat Ilderice, au Plateau Central et Pierre Joseph Léonard qui vit au Canada.

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