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A quand la fin de ‘‘l’exil culturel’’ de la diaspora ?

Les troubles politiques de ces dernières années ont privé le pays de plusieurs rendez-vous culturels importants. Depuis les émeutes urbaines de juillet 2018 à date, Haïti a raté presque toutes les manifestations culturelles auxquelles sont attachés les Haïtiens du terroir et ceux de la diaspora. La communauté haïtienne vivant à l’étranger est l’un des principaux poumons économiques du pays dont la contribution dans le produit intérieur bruit (PIB) est hautement significative. Son attachement viscéral à Haïti se manifeste également par sa présence sur le territoire en temps de fêtes commémoratives. Cependant, elle subit les conséquences des crises politiques à répétition et est contrainte de se confiner à l’étranger, privée de toute participation aux fêtes nationales et régionales du pays.

Cette crise aigüe que traverse le pays depuis 2018 fragilise le lien qui unit la diaspora à sa terre natale. En dehors des devises apportées à l’économie nationale à travers les transferts d’argent notamment, les compatriotes en terre étrangère ont toujours fait des fêtes nationales et régionales du pays des moments importants dans leur vie. Le carnaval, les fêtes champêtres, le rara, les fêtes de fin d’année, entre autres, sont les rendez-vous de prédilection des Haïtiens d’ailleurs. Leur envie de rentrer au bercail à des périodes bien spécifiques de l’année est toujours une occasion de renouer avec leurs mœurs, leurs traditions, leur culture, leur ‘’cosmogonie’’ et avec tout ce qui peut leur rappeler leur identité. Les manifestations culturelles en Haïti sont des moments de grande réjouissance et de grandes retrouvailles pour des milliers d’Haïtiens de l’extérieur.  

Par leurs choix, les frères d’ici sont en train d’éloigner, inconsciemment et/ou consciemment, les frères d’ailleurs de leur terre natale. La situation dégradante du pays provoque une peur qui donne un sentiment d’exil aux Haïtiens qui ne peuvent pas rentrer au pays. La non-organisation du carnaval, du rara, des fêtes champêtres et de la Noël, en raison des troubles politiques, la prolifération des gangs, le kidnapping…, rendent nostalgiques les membres de la diaspora haïtienne fortement attachés à leurs racines. Les  événements culturels, organisés à une période bien précise de l’année en Haïti, sont pour la diaspora un moyen de se ressourcer. Se retrouver dans son pays pour danser au rythme du tambour, rire à gorge déployé dans les « Lakous »,  partager les repas de Pâques et de fin d’année en famille, apprivoiser le soleil unique d’Haïti, autant de bienfaits revitalisants !

Le poids de la diaspora s’est toujours révélé important voire indispensable dans la vie économique, sociale et culturelle du pays. Son implication dans le développement d’Haïti ne peut être remise en question, mais sa mise à l’écart dans la vie politique relève d’une grande hypocrisie à corriger. C’est un fait que les membres de la diaspora ne jouissent toujours pas pleinement de leurs droits civils et politiques, ce qui constitue une entrave sérieuse à leur pleine participation à la vie du pays. Depuis l’adoption de la Constitution de 1987, les Haïtiens de l’extérieur souffrent politiquement. Depuis quelques temps, en raison des incertitudes constantes, des crises répétées, de l’insécurité grandissante qui gangrènent Haïti, la diaspora est exilée de son propre pays qui banalise la vie ainsi que les grandes manifestations historiques et culturelles. Toutefois, les Haïtiens d’outre-mer commencent à voir le bout du tunnel. Ils croisent les doigts en attendant le vote de la nouvelle Constitution qui prévoit de les rétablir dans leurs droits. 

Le pays ne peut pas continuer à tenir éloignée sa diaspora. La mère Patrie a besoin de ses fils et filles de l’extérieur pour l’aider à sortir des ténèbres qui l’empêchent d’être le pays avant-gardiste qu’il fut jadis (première République noire indépendante, terre de liberté). Haïti n’appartient pas seulement aux hommes politiques qui s’entredéchirent dans d’interminables luttes inutiles qui ne font que détruire le tissu social, ternir l’image du pays. Elle appartient également à ces hommes et femmes de la diaspora qui ne cessent de prouver leur attachement à leur pays tant sur le plan financier et que sur le plan émotionnel, notamment par la manifestation de leur présence physique dans toutes les activités de leur terre natale. C’est une relation de causalité : quand le pays va mal, la diaspora aussi se porte mal, quand l’insécurité règne sur Haïti, la diaspora aussi est menacée, quand le pays n’arrive pas à réaliser ses festivités commémoratives quelles qu’elles soient, la diaspora en souffre énormément et se sent éloignée de ses origines,  de ses mœurs, de ses us et coutumes et de ses traditions fondamentales.

Ricot Saintil

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