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La diaspora haïtienne, levier d’émergence inestimable

« La diaspora maintient l’économie haïtienne sous respiration artificielle », ce truisme  est le titre d’un article publié par l’économiste Thomas Lalime, dans les colonnes du journal Le nouvelliste en date du 22 novembre 2021. S’appuyant sur la récente Note de la Banque de la République d’Haïti (BRH) sur la politique monétaire couvrant le quatrième trimestre de l’année fiscale 2020-2021, l’auteur corrobore cette vérité de La Palice par une magistrale technicité, éclairée par des chiffres qui parlent. Dans cet océan de chiffres où le profane en économie risque la noyade, retenons que « le large déficit de la balance commerciale de -2,78 milliards de dollars américains a été principalement comblé par les transferts privés sans contrepartie de la diaspora qui ont augmenté de 21% pour l’exercice fiscal 2020-2021 ». Grosso modo, ces transferts ont atteint un montant total de 3,3 milliards de dollars américains.

On ne le dira jamais assez : la diaspora est à l’économie haïtienne ce que l’âme est au corps ! La preuve : « les transferts de la diaspora ont augmenté l’offre de la devise américaine sur le marché local soutenant ainsi la monnaie nationale en maintenant le taux de change à un niveau encore gérable ». Sans conteste, les Haïtiens d’outre-mer représentent pour leur pays un levier d’émergence économique, sociale, politique. Mais dans une Haïti rongée, depuis des décennies, par une crise aiguë du lien social, les efforts colossaux consentis par ses fils et filles en terre étrangère ne sont pas toujours considérés à leur juste valeur. Par absence de cohésion sociale, ces efforts titanesques qui donnent à l’économie un « minimum de santé » passent souvent inaperçus quand ils ne sont pas « méprisés ».  

Au niveau de sa diaspora, Haïti regorge de ressources et de matériaux nécessaires à son développement… Réduire l’action utile de la diaspora à la simple mécanique de « transferts d’argent », c’est pareil à regarder le doigt quand c’est la lune qui est montrée du doigt. Nombreux sont les Haïtiens vivant aux Etats-Unis, en France, au Canada… qui rêvent de venir investir en terre natale. Mais, quand des compatriotes investisseurs qui vivent en Haïti ferment boutique pour aller s’installer ailleurs, il faut croire que les conditions minimales à l’investissement ne sont pas réunies. Comprenez qu’un minimum de stabilité politique suffirait à faire peser la diaspora de presque tout son poids dans l’émergence de la Nouvelle Haïti, économiquement.

Etablis ailleurs pour des raisons diverses, les membres de la diaspora restent et demeurent indéniablement des Haïtiens à part entière jouissant, dans l’absolu, des mêmes droits. Dans cette difficile recherche d’une solidarité, fondement de toute vie collective, les compatriotes d’outre-mer ne doivent pas être mis hors jeu. Ce serait péché contre une valeur universelle, la « Fraternité », nécessaire à la résolution de la crise multiforme et multidimensionnelle qui fait de la Première République noire le « bon dernier de la classe ». Plus clairement dit, la diaspora haïtienne, à travers ses différentes structures organisées, doit être toujours partie prenante des discussions qui s’effectuent aujourd’hui dans l’optique de sortir Haïti du bourbier. Haïti ne peut aucunement compter sur ses seules forces internes pour voir le bout du tunnel de l’horreur. Tous les Haïtiens comptent ! Voilà le message que font passer les organisations de la diaspora (quoique éparses), dont l’Intégration de la Diaspora pour l’Emergence d’une Nouvelle Haïti (IDENH), quand elles s’évertuent à jouer leur partition, non sans coup férir, dans la grande symphonie du Changement.

Junior Moschino Rémy

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