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Prise d’assaut du Palais de Justice : Qui volera au secours des symboles de l’Etat ?

Les gangs armés en Haïti ont une fois de plus montré leur pouvoir en chassant du Palais de Justice, parquetiers, greffiers, magistrats, avocats et justiciables. Cette action montre sans conteste l’incapacité du Gouvernement à garantir la sécurité et l’ordre public. Selon des sources concordantes, plusieurs blessés ont été recensés, tant dans le camp des criminels que dans celui de la police, y compris des personnes qui fréquentaient l’espace, le vendredi 10 juin 2022, jour de la prise d’assaut du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince par les gangs armés de Village de Dieu.

Après cette action, on est en droit de se demander si les gangs armés ne sont pas en passe de devenir les Nouveaux Maîtres d’Haïti, détenteurs du monopole de la violence ‘’illégitime’’. Dans l’intervalle, les dirigeants s’enferment dans un silence assourdissant. D’aucuns se demandent si ce silence ne traduit pas un aveu de faiblesse de l’État par rapport à la force de frappe des bandits. Cet événement pour le moins malheureux montrent également que la gouvernance et la sécurité en Haïti sont de plus en plus fragiles face à la montée en puissance des gangs.

Depuis quelque temps, les enlèvements contre rançon, les assassinats par balles sont à l’ordre du jour. Avec la prise d’assaut du siège du pouvoir judiciaire, Haïti est devenue un no man’s land. Ces faits devraient attirer l’attention de tous. Il n’est plus possible de continuer avec de simples discours et mesures cosmétiques. Les autorités doivent travailler de concert avec la société pour éradiquer le crime organisé, avant qu’il ne soit trop tard et empêcher la République d’Haïti de tomber dans la mexicanisation du crime.

L’épisode représente un autre signal d’alarme pour la communauté internationale qui peine à assister le pays, de manière concrète, dans ce chaos. Avec cette atmosphère de terreur, il n’y a aucune garantie que des élections libres auront lieu comme base pour surmonter la crise politique haïtienne. Il n’est pas exagéré de dire que la société haïtienne souffre aujourd’hui d’une recrudescence de la criminalité de droit commun, de la criminalité associée à un type de violence sociale ou des crimes dus à la frustration et/ou à la colère, qui sont attribués à la perte des valeurs et au mépris de la vie.

Malgré les bonnes intentions et le sacrifice qu’elle représente pour l’Etat, la présence des agents de l’ordre dans certaines zones a eu plutôt jusqu’ici un impact circonstanciel et médiatique ; parce qu’en fin de compte, elle n’a pas arrêté ni éliminé le problème de l’insécurité qui, au fil des ans, au lieu de diminuer, augmente de pair avec l’impunité, la corruption et les appels officiels à la patience. Pendant ce temps, la criminalité continue de gagner du terrain et les solutions, semble-t-il, ne sont pas pour demain.

Yves Manuel

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