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Banditisme à Martissant : entre nihilisme et automatisme criminel

Aujourd’hui, il ne convient plus de dire que les gens qui empruntent Martissant pour se rendre à Carrefour, ou vice versa, sont à la merci des bandits armés. Voir ainsi la situation c’est la regarder à travers un prisme, parce que ce n’est plus le cas. L’expression “être à la merci de’’ signifie dépendre de quelqu’un. Dépendre d’une personne sous-entend que celle-ci est consciente de sa position de force, son pouvoir et son ascendance par rapport à soi. Cela implique que cette personne mesure la vulnérabilité du dépendant et comprend qu’il ne représente aucune menace. Il va de soi que dans ce cas précis les bandits armés constituent l’occurrence.

Les bandits de Martissant, compte tenu de leurs agissements ces derniers jours, n’ont apparemment aucune conscience de tout cela. Si l’on part du principe que même le criminel le plus impulsif a besoin d’un motif, qu’il lui arrive même d’en inventer pour justifier son passage à l’acte, il conviendrait quasi-logiquement de taxer le comportement des bandits de Martissant d’un nihilisme observable sous sa forme la plus primale. On a presque l’impression que les soldats des gangs qui opèrent à l’entrée Sud de Port-au-Prince se moquent de la nature de ce qu’ils font. Les sadiques, les psychopathes font du mal dans le cadre d’une quête de plaisir, et c’est ce qui les définit. Dans leur cas, rester conscients de leurs actes et maitres de leur être est un impératif, sans quoi ils passeront à coté de leur objectif. Cette dernière perception ne saurait coller avec la réalité des bandits parce que cela voudrait quand même dire que le phénomène en présence est appréhensible. Ce qui est à un milliard d’année Lumière d’être le cas.

D’un point de vue camusien, tout homme est un criminel qui s’ignore. Dans le cas des bandits de Martissant, l’automatisme du mal a atteint un point tellement subtil de leur inconscient qu’ils sont devenus des criminels qui ignorent qu’ils sont des hommes encore moins des êtres humains. A ce titre, ils ne savent même plus pourquoi ils font ce qu’ils font. Un homme peut toujours être mauvais, possible qu’il ne l’avoue jamais, mais ayant conscience de son état, cela encore constitue un moindre danger dans la mesure où la véritable nature d’un tel homme finirait par le trahir un jour. Que dire des bandits, les plus invétérés parmi eux ne savent même pas de quel coté de la force ils sont. Ce raisonnement ne dédouane pas ces malfrats, loin s’en faut. Mais la démarche se veut un regard sur l’innommable état de ces individus.

Depuis tantôt 5 ou 6 mois, la plupart des gens qui font le va-et-vient entre le centre-ville et Carrefour, sont dans une situation qui n’est ni plus ni moins comparable à celle d’une pièce de ferblanterie se trouvant entre le marteau et l’enclume. Pendant que les bandits agissent comme des automates qui se foutent du pourquoi comme du pourquoi pas, la grande majorité des gens qui s’exposent à Martissant le font sous l’emprise de l’instinct de survie. Rester confinés à Carrefour est une décision qui rime avec le fait de ne pas pouvoir nourrir sa famille, en même temps descendre vers la capitale à la recherche de rentrée pécuniaire est comme jouer volontairement au chat et à la souris avec le danger, et l’on sait tous que le félin finit trop souvent par l’emporter.

Kensley Marcel

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