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Faillite de l’Etat et citoyens passifs : Jusqu’où les gangs comptent-ils aller ?

Les gangs ne chôment pas. Ils imposent leur loi, sèment la terreur, gagnent du terrain et visiblement n’ont point de limite. Les bandits armés n’ont jamais été aussi puissants en Haïti. Ils se livrent à des actes barbares et font aujourd’hui du kidnapping, non seulement l’activité criminelle la plus lucrative du pays mais aussi le phénomène le plus meurtrier et traumatisant pour les familles haïtiennes. Des gens sont kidnappés, terrorisés, violés et assassinés sous le regard complice et complaisant de l’Etat haïtien. Jusqu’où veulent aller les gangs ? Quels sont leurs objectifs ? Sont-ils sous le contrôle de certaines personnes? Sont-ils devenus incontrôlables? Autant d’interrogations qui peuvent nous aider à cerner leur existence, dans un pays où la violence et la terreur prennent de plus en plus une proportion démesurée. 

Les gangs ne sont pas tombés du ciel, encore moins importés comme des marchandises. Ils prennent naissance dans des sociétés minées par des contradictions sociales et traversées par des inégalités criantes. En Haïti, l’avènement des groupes armés remonte aux années 2000 sous la Présidence de Jean-Bertrand Aristide, lors de son second mandat. Empêtré dans une gigantesque crise politique après les élections législatives et municipales contestées de 2001, le prêtre défroqué avait fourni des armes aux jeunes des quartiers défavorisés dans l’optique de terroriser ses opposants et conforter par la même occasion son pouvoir. Depuis lors, les gangs sont devenus un outil indispensable pour les hommes d’affaires et politiques qui s’en servent à des fins personnelles. Les tentatives de démantèlement des gangs dans le pays ont, de manière spontanée, apporté un soulagement, mais la situation dégradante des bidonvilles et des quartiers populaires livrés à eux-mêmes et la détérioration de la vie sociale, politique, économique et sécuritaire du pays favorisent l’émergence et la prolifération des groupes armés. Ces derniers, au regard de leur puissance actuelle, qui se traduit par le non-respect de toutes les lois de la société, sont impitoyables et n’ont pas de limite. Une situation qui donne froid dans le dos.

Que désirent les gangs ? Ont-ils des objectifs ?

Personne, à l’exception des gangs eux-mêmes, leurs fournisseurs en armes et munitions et probablement ceux pour lesquels ils travaillent, ne sait ce qu’ils veulent véritablement. Ils ont mis à genoux les gens des quartiers défavorisés et des bidonvilles. Ils se livrent à des guerres fratricides, à des massacres crapuleux, des exécutions sommaires, des actes de kidnapping, empêchant ainsi toute une population de vaquer à ses activités. Leurs actions relèvent purement et simplement du terrorisme. Ils ne défendent aucune valeur, n’ont aucun sentiment d’appartenance, ne se souviennent même pas d’où ils viennent, n’ont pas de but précis. Ils sont à vendre au plus offrant. Ce sont des mercenaires, sans aucun état d’âme, qui n’ont malheureusement plus d’humanité.

Tenant compte de la manière dont ils prennent naissance et les rapports qu’ils développent au sein de la société, il est clair qu’ils sont au service de certaines personnes. Les hommes politiques, depuis un certain temps en Haïti, se payent les services de ces malfrats pour parvenir à leurs fins. En période électorale, les candidats sollicitent les gangs pour limiter le déplacement de leurs adversaires. Un candidat ayant un groupe armé dans une zone à sa solde est assuré de remporter les élections grâce à l’appui de celui-ci. Ils sont devenus au fil du temps des pions importants dans la prise du pouvoir en Haïti. La réalité de ces dernières années montre très clairement que les pouvoirs en place sont de mèche avec les bandits. Les hommes d’affaires ne s’en privent pas non plus. Certaines entreprises sont gardées par des groupes armés bien connus de la place. En d’autres termes, les bandits fort souvent n’agissent pas de leur plein gré, ils reçoivent des directives de la part de certaines personnes ayant les moyens économiques et politiques de s’offrir leurs services.

Les gangs ne prennent pas seulement naissance, ils se développent et se perpétuent. Pour se constituer, il leur faut des territoires, des armes et des munitions pour asseoir leur puissance. Pour leurs débuts, ils ont besoin d’être employés, il leur faut du boulot pour gagner de l’argent. Par ricochet, il leur faut des employeurs, des gens pour lesquels ils travaillent, des gens auxquels ils obéissent. Néanmoins, on assiste depuis quelques temps, à une sorte d’autonomie des gangs. Ces derniers temps, à l’évidence, ils échappent au contrôle de leurs patrons pour agir pour leur propre compte. Visiblement aujourd’hui, ils n’ont de compte à rendre qu’à eux-mêmes. 

Deux choses expliquent aujourd’hui la toute-puissance des gangs. Il y a d’abord et avant toute chose, la complicité de l’Etat haïtien avec ces malfrats. L’Etat s’est fait complice des massacres des gangs, il s’est fait complice des meurtres en série, des viols et des kidnappings. En un mot, l’Etat haïtien a volontairement laissé aux gangs la possibilité d’élargir leur territoire, de se renforcer (en nombre, en armes et en munitions) et de commettre leurs forfaits en toute quiétude. La deuxième chose qui explique la suprématie des gangs, c’est le kidnapping. Les hommes armés n’ont jamais été aussi bien payés pour leurs crimes. L’argent du kidnapping leur permet d’être toujours à flot. Ils n’ont plus besoin d’attendre les millions du gouvernement pour agir. Avec des rançons qui se comptent en millions de dollars américains, ils ont suffisamment d’argent pour exister. Ils sont devenus autonomes ; ils ont construit un empire.

Les gangs vont continuer d’exister et poursuivre leurs forfaits si l’Etat haïtien ne décide pas de changer de camp pour affirmer son autorité. Pour le moment et depuis bien des lustres, l’Etat s’est rangé du côté des oppresseurs. Quand un parent, un ami ou un proche est enlevé, il nous faut arrêter d’implorer le pardon des gangs pour sa libération. Il faut contraindre l’Etat à agir de manière drastique pour mettre hors d’état de nuire ces pestiférés qui pourrissent notre existence.

Ricot Saintil

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