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« Fèmen peyi », une opération à somme nulle

Dans tout pays qui se respecte, le droit syndical est reconnu; et cette reconnaissance passe par la liberté des personnes syndiquées de s’exprimer sous diverses formes dont le sit-in, la marche pacifique, la grève, entre autres. Mais jamais le syndicalisme dans sa façon de se manifester ne peut se retourner contre ceux-là même qu’il est censé protéger, en l’occurence les citoyens de deuxième classe. Oui, après tout, les patrons, les hauts dignitaires n’ont que faire des syndicats et de leur mission, au contraire l’absence de ces derniers leur permettrait de mieux écraser, par toutes sortes de moyens, les employés. À ce carrefour de la bataille des syndicalistes du transport notamment, c’est le camp des plus faibles qui est susceptible de ressortir plus affaibli encore. À certains égards, l’opération  « Fèmen peyi » s’apparente à une manœuvre « kamikaze » en ce sens qu’elle risque d’entrainer un lot de conséquences ponctuelles et d’autres qui le sont moins.

L’opération « Fèmen peyi » fidèle à son nom n’a pour autre finalité que de stopper absolument toutes les activités dans le pays, or la survie de la classe que la bataille syndicale vise à défendre dépend de ces activités. Certains éléments de cette classe sont des salariés attachés à des enterprises. Le calcul des effets de l’opération « Fèmen peyi » est assez simple pour ces employés : si la boîte est en inactivité elle ne générera pas d’argent et du coup, elle ne pourra payer personne. Ceci dit, c’est sans souligner que certaines enterprises après un bout de temps en arrêt pourraient se retrouver décapitalisée et par conséquent dans le meilleur des cas, faire des suppressions d’emploi ou dans le pire, déclarer faillite et fermer boutique définitivement. Dans un cas comme dans l’autre, des gens se retrouveront dans la dèche. Les conséquences sont encore plus immédiates pour un autre groupe de cette classe. Il s’agit des journaliers, ceux-là qui font bouillir la marmite uniquement grâce à leur revenu du jour. C’est-à-dire que, les ménages appartenant à ce groupe ne parviennent à manger que si les activités ne sont pas en arrêt dans différents secteurs. Pour ce groupe, on doit comprendre que chaque jour passé sous le coup de l’opération « Fèmen peyi » est un jour de famine.

A priori, cette opération vise à contraindre les autorités de prendre leurs responsabilités, or il faut qu’elles (les autorités) aient les moyens économiques pour cela. On constate que l’opération semble s’en moquer. « Fèmen peyi » implique aussi et surtout le dysfonctionnement des institutions de l’Etat incluant celles qui alimentent quotidiennement le trésor public (DGI, AGD…). Quand l’Etat cesse de rentrer de l’argent, c’est sa capacité à fournir les services sociaux de base (eau potable, électricité, santé…) qui s’affaiblit davantage, et réaction en chaîne: les plus démunis font les frais. À la liste  des passifs de l’opération « Fèmen peyi » on doit ajouter aussi la perturbation de l’année scolaire 2021-2022. Par ce biais, elle contribue à hypothéquer l’avenir des enfants. Là encore, ce sont les enfants du prolétariat incapables de payer des études à l’étranger qui en pâtissent.

La bataille enclechée par les syndicalistes est opportune dans l’état actuel des faits. Cependant, elle ne doit pas se faire au détriment des masses. Tout bien considéré, l’operation « Fèmen peyi » suit une méthodologie qui rendra la suite beaucoup plus difficile pour la population. Les syndicalistes pourraient se tromper de bonne foi en se disant qu’on ne fait pas d’omellette sans casser des œufs. En revanche, ils doivent se rappeler que si on casse tous les œufs on ne pourra plus faire d’omellette après.

Kensley Marcel

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