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Bras de fer entre Donald Trump et la Banque interaméricaine de développement

A la veille de l’élection du nouveau directeur de la BID, le bras de fer entre le président des Etats-Unis d’Amérique, Donald Trump et les pays de l’Amérique Latine se renforce. 

Projetée pour les 12 et 13 septembre prochain, l’élection pour le poste de président la BID fait aujourd’hui polémique. Pour une toute première fois de l’histoire, le président américain veut imposer son candidat. 

Il faut remonter à la tradition de l’institution pour comprendre cette bataille de dimension diplomatique, le poste de président de la BID a toujours été occupé par un latino-américain. 

Si c’est le colombien  Luis Alberto Moreno qui dirige actuellement cette institution, Donald Trump lui, veut présenter son conseiller Mauricio Claver-Carone, comme candidat.

Rappelons que Claver-Clarone traine une réputation de partisan farouche de l’embargo contre Cuba et des méthodes fortes contre le régime de Nicolas Maduro au Venezuela. 

Les enjeux sont pourtant multiples et les interprétations sont tout aussi diverses. La banque interaméricaine de développement a été créée en 1959 dans le but de réduire la pauvreté dans l’Amérique Latine et les Caraïbes. Elle se retrouve être la principale source de financement de la région et regroupe près de 48 pays dont les USA qui sont aussi les principaux bailleurs d’où le moteur économique de l’institution. 

L’Amérique vit aujourd’hui une toute nouvelle ère avec le développement accéléré de la Chine qui alimente avec eux depuis quelque temps ce que les théoriciens appellent une véritable guerre économique. 

L’Amérique Latine est la région la plus touchée par la Covid-19 du continent et la période d’après pandémie s’annonce difficile. Les perspectives économiques prédisent que 45 millions de personnes pourraient chuter dans la pauvreté. 

Si certains observateurs inscrivent la démarche de Trump dans une logique de renforcement de la diplomatie et de l’économie américaine par rapport à  ladite guerre économique avec la Chine, d’autres veulent plutôt orienter le débat autour de la nécessité de bien préparer la période post-Covid dans les pays les plus vulnérables  alors que certains y dénoncent d’emblée une tentative de braquage historique de la part du président américain.

A ce sujet, le professeur de relations  internationales Frederico Merke déclare « Il est impératif de réfléchir à quel type de BID nous voulons : comment va-t-on accéder au vaccin, quel type d’investissements allons-nous obtenir pour améliorer les systèmes de santé? »

De son côté, le directeur de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) à Sciences-Po,  Gaspard Estrada voit plutôt une démarche politique a la veille des élections présidentielles américaines, il s’est expliqué en ces termes « Trump a besoin d’une victoire en Floride lors de la présidentielle et le mentor de Claver-Carone n’est autre que le sénateur de Floride Marco Rubio. En poussant sa candidature, Trump promet à ses électeurs une nouvelle architecture de sa politique latino-américaine ». 

Dans un second temps de son analyse, Gaspard Estrada oriente  le débat vers la guerre économique Chine – USA. La chine qui est elle aussi membre de la BID est devenue depuis tantôt le partenaire commercial numéro un de l’Argentine, du Brésil et du Pérou. Donald Trump viserait alors à ralentir la progression de la Chine dans cette région considérée depuis fort longtemps comme l’arrière-cour du géant de l’Amérique du Nord. 

Le pari n’est pourtant pas encore gagné pour le président républicain. Alors que des pays membres semblent se rallier autour d’un boycott des élections en provoquant l’absence de quorum, des personnalités américaines dont  l’ancien secrétaire d’Etat George Schultz, l’ex-directeur de la Banque mondiale Robert Zoellick et l’ancien chef de cabinet de Bill Clinton, Thomas Mc Larty, ont appelé à un report de l’élection et au retrait du candidat américain. Josep Borell, chef de la diplomatie européenne a lui aussi plaidé pour un report de de l’élection. 

C’est plus qu’un feuilleton diplomatique ou politique, les yeux du monde entier sont fixés sur cette affaire qui peut grandement influencer l’avenir de toute une zone géographique et politique. 

B. Charlemagne Charlorin, Journal La Diaspora

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