samedi, août 30

La capitale s’est de nouveau enflammée, non pas sous les rafales des gangs, mais sous les cris de colère et les slogans de plusieurs centaines de jeunes. Étudiants, blogueurs, influenceurs et simples citoyens se sont donné rendez-vous ce jeudi dans les rues de Delmas 83 pour réclamer justice après la mort tragique de Wanderson Zamy, 19 ans, tué trois jours plus tôt par balle devant les locaux du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP).

Vêtus pour la plupart de maillots blancs, symbole de paix et de recueillement, plusieurs centaines de jeunes ont arpenté les rues de Delmas. Parti devant le club Escape à Delmas 83, le cortège s’est dirigé vers le MENFP dans une atmosphère lourde de tristesse et d’indignation. Munis de chandelles allumées et de pancartes, les manifestants scandaient à l’unisson : « Justice pour Zamy ! ». Des slogans qui résonnaient comme un cri de détresse d’une jeunesse livrée à elle-même dans un pays où l’insécurité et l’impunité semblent régner sans partage.

Tout au long du parcours, les jeunes n’ont pas hésité à pointer du doigt les autorités, qu’ils accusent de banaliser la vie humaine. « Aujourd’hui c’est Zamy, demain ça pourrait être n’importe lequel d’entre nous », lançait une participante en pleurs. Beaucoup dénonçaient l’absence de réaction rapide et ferme de l’État face à un drame qui, selon eux, reflète la fragilité d’un système où même devant les institutions, les balles continuent de faucher des vies. Tout au long du parcours, les manifestants ont porté des cierges allumés, déposés sur les lieux mêmes du drame, transformant le quartier en un espace de mémoire et de solidarité, où tristesse et détermination se mêlaient.

Un espoir brisé à 19 ans

Wanderson Zamy n’était pas un inconnu pour sa génération. Ancien élève du Collège Canado-Haïtien, il était aussi un jeune créateur de contenu, actif sur TikTok et passionné de basketball. Ses amis le décrivent comme un garçon souriant, ambitieux, toujours prêt à encourager les autres. « Il rêvait de représenter Haïti à l’étranger et de devenir une voix pour les jeunes », confie un camarade de classe, visiblement bouleversé.

Le lundi 18 août, ce rêve s’est brisé. Selon plusieurs témoins, alors qu’il circulait à moto dans les parages du MENFP, une altercation a éclaté entre un groupe d’étudiants stagiaires venus réclamer leurs lettres de nomination et la sécurité du ministère. Dans ce climat de tension, un tir est parti, attribué à un agent de sécurité en poste. La balle a atteint Zamy, qui a succombé à ses blessures quelques instants plus tard.

La mort du jeune homme a relancé les débats sur la responsabilité des agents de sécurité attachés aux institutions publiques. Plusieurs organisations de défense des droits humains exigent une enquête sérieuse et indépendante. Pour elles, cet incident témoigne du manque de professionnalisme et du climat de violence qui s’est banalisé jusque dans les lieux supposés incarner l’autorité de l’État.

De son côté, la famille du défunt réclame non seulement justice, mais aussi vérité. « Nous ne voulons pas de faux-semblants. Nous voulons savoir qui a tiré et pourquoi », a déclaré un proche, appelant à ce que la mémoire de Wanderson ne soit pas trahie par l’oubli et l’impunité.

Un symbole pour la jeunesse haïtienne

Au-delà du drame individuel, la mort de Zamy est devenue un symbole. Dans une société où les jeunes constituent la majorité mais se sentent marginalisés, son décès cristallise un profond sentiment d’abandon. La marche de Delmas, pacifique mais chargée d’émotion, en est l’illustration la plus récente : une jeunesse fatiguée de pleurer ses morts et qui réclame à cor et à cri un minimum de respect pour la vie humaine.

« Justice pour Zamy » n’est plus seulement un slogan. C’est devenu l’expression d’une génération qui, face aux balles perdues et aux rêves brisés, refuse de se taire.

Share.
© 2025 Journal la Diaspora. Designed by Media Innovation.
Exit mobile version