samedi, novembre 29

La diplomatie haïtienne se démarque une nouvelle fois par une dépendance croissante envers ses partenaires étrangers, donnant à l’action extérieure du pays l’allure d’une quête continue de financement. Le récent message du Conseiller-Président Emmanuel Vertilaire sur X, annonçant la remise d’un chèque de 200 000 dollars américains par l’Ambassade de Taïwan à la mairie du Cap-Haïtien, s’inscrit parfaitement dans cette logique. Présenté comme une victoire diplomatique, ce geste met à nu les limites d’un État incapable de financer ses priorités fondamentales, s’il y en ont.

Depuis plusieurs années, la coopération bilatérale est devenue le socle quasi exclusif de la politique étrangère d’Haïti. Les annonces de dons, de projets financés ou de programmes « obtenus » à l’étranger remplacent progressivement une véritable stratégie diplomatique. Les initiatives mises de l’avant par le Conseiller-Président Vertilaire suivent ce schéma : quatre projets d’infrastructures au Cap-Haïtien, un complexe administratif, un marché public, l’aménagement de la place centrale et le bétonnage de plusieurs rues dans le Grand Nord, tous présentés comme des réussites obtenues grâce à des partenaires extérieurs.

Ces démarches révèlent une faiblesse structurelle de la diplomatie haïtienne : la priorité donnée à la recherche de fonds plutôt qu’à la défense d’intérêts nationaux clairement définis. Cette approche, souvent qualifiée de « diplomatie de la mendicité », réduit la marge de manœuvre du pays et l’installe dans une dépendance chronique. Emmanuel Vertilaire n’hésite pas à se féliciter publiquement de l’aide taïwanaise, à la municipalité au risque de renforcer cette image.

Le partenariat avec Taïwan est à cet égard particulièrement révélateur. Haïti, l’un des rares États à maintenir une reconnaissance officielle de Taipei, entretient avec la République de Chine (Taïwan) des relations largement fondées sur le financement extérieur. Ce choix, présenté comme stratégique, semble surtout dicté par la nécessité de garantir un soutien économique constant dans un contexte où l’État peine à mobiliser ses propres ressources. En retour, Haïti demeure un précieux soutien diplomatique pour Taïwan dans sa quête de reconnaissance internationale.Depuis 1956, Haïti reconnaît la République nationaliste de Chine. Pendant longtemps, Taïwan représentera la Chine à l’Organisation des Nations unies, pour enfin céder en 1971 la place à la République populaire de Chine.

Ce modèle de coopération soulève plusieurs questions majeures : quelle place réelle occupe aujourd’hui Haïti dans les instances régionales et internationales ? Quelle stratégie guide ses alliances, notamment au sein de l’Organisation des États américains dont il est membre fondateur ? Comment un pays dépendant de financements extérieurs peut-il peser dans les rapports de force diplomatiques ?

L’annonce répétée de projets au Cap-Haïtien dont certains encore à l’étude, comme les routes stratégiques ou la construction d’une nouvelle école nationale s’inscrit clairement dans une stratégie de communication destinée à projeter l’image d’un pouvoir actif. Pourtant, derrière les chiffres mis de l’avant par la Présidence, dont les 150 101 100 millions de gourdes mobilisés pour les premiers chantiers, demeure une réalité incontournable : Haïti n’a pas les moyens d’une politique étrangère autonome et orientée vers des objectifs de développements durables.

À force de réduire la diplomatie à une succession de dons et de transactions financières, le pays s’éloigne de l’essentiel : la capacité de définir ses propres priorités sur la scène internationale. Une diplomatie solide repose sur une vision, des institutions fortes et une stratégie politiquo-economique non sur la valorisation publique de financements obtenus à l’étranger. C’est précisément ce qui manque aujourd’hui, malgré les annonces répétées, à la politique étrangère haïtienne.

Redaction Journal la Diaspora

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