12 janvier 2026 : cette journée marque exactement les 16 ans du séisme dévastateur qui a frappé Haïti (12 janvier 2010), une catastrophe naturelle qui a laissé de profondes cicatrices et de douloureux souvenirs dans la mémoire collective du peuple haïtien. Plus de 300 000 personnes ont perdu la vie, des centaines de milliers ont été blessées et plusieurs millions se sont retrouvées sans abri. Il s’agit de l’une des plus grandes tragédies nationales jamais connues par le pays.
12 janvier 2010, aux environs de 16 h 50, un tremblement de terre de magnitude 7,0 sur l’échelle de Richter a ravagé la capitale, Port-au-Prince, ainsi que plusieurs autres villes, dont Léogâne, Jacmel, Pétion-Ville et Carrefour. De nombreuses infrastructures publiques se sont effondrées : hôpitaux, écoles, ministères, tribunaux, routes, ponts, sans compter des milliers de maisons privées totalement détruites. Jusqu’à aujourd’hui, les traces du séisme demeurent visibles. Plusieurs bâtiments effondrés n’ont jamais été reconstruits, à l’image du Palais national, de certains ministères et de plusieurs écoles publiques.
Seize ans plus tard, peu de choses ont réellement changé dans le quotidien de la population. À cause de l’ignorance et de la négligence dans les pratiques de construction, les quartiers continuent de se développer selon des modèles anarchiques. Rares sont les particuliers qui tiennent compte des risques sismiques et qui améliorent la qualité des constructions. Pour une grande partie de la population, c’est l’oubli total : on construit de manière désordonnée, sans l’appui de techniciens qualifiés. En cas de nouveau séisme, les mêmes risques et les mêmes dégâts pourraient se reproduire.
Par ailleurs, malgré les milliards de dollars d’aide internationale annoncés et mobilisés après la catastrophe, le pays continue de faire face aux mêmes problèmes dans les modèles de construction. De nombreuses écoles publiques et privées fonctionnent encore dans des conditions précaires, exposant la vie des enfants aux mêmes dangers qu’avant le 12 janvier 2010. Cette réalité concerne également certains hôpitaux, qui ne sont pas construits selon des normes modernes capables de garantir la protection des patients en cas de catastrophe. Plusieurs routes endommagées par le séisme sont restées dans le même état seize ans plus tard ; des ponts qui auraient dû être construits ne l’ont jamais été, et des mesures de prévention essentielles ont été négligées par les autorités. Pour d’autres types de catastrophes naturelles, le constat demeure le même. L’absence de systèmes de drainage dans plusieurs quartiers favorise les inondations et la propagation de maladies.
Le séisme qui a frappé le Grand Sud le 14 août 2021 a, une fois de plus, révélé le même scénario. Sur les routes comme dans les quartiers, les dégâts restent très visibles, tandis que les autorités se contentent souvent d’observer sans apporter un soutien réel et durable pour redresser la situation dans les départements touchés. Les zones sinistrées demeurent fragiles et fortement exposées. Dans de nombreux quartiers populaires, notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, les habitants continuent de vivre dans des maisons ne respectant aucune norme de construction parasismique. Ces habitations constituent un danger permanent pour la vie des citoyens, dans un pays situé sur plusieurs failles sismique.
Aujourd’hui, le problème du logement social reste sans solution durable. Beaucoup de familles ayant vécu dans des camps de déplacés n’ont jamais bénéficié d’une relocalisation décente, révélant ainsi la faiblesse des politiques publiques en matière de planification urbaine et de gestion des risques.
Les leçons n’ont manifestement pas été tirées. Le séisme du 12 janvier 2010 aurait dû servir de leçon historique pour Haïti : bâtir mieux, planifier les villes, renforcer les institutions de l’État et placer la prévention des catastrophes au cœur des politiques publiques. Or, seize ans plus tard, de nombreux observateurs estiment que ces enseignements n’ont ni été réellement appris ni appliqués. Le pays ne dispose pas d’une politique nationale solide en matière de construction parasismique, ni d’un système efficace de gestion des urgences et des catastrophes naturelles.
Se souvenir du 12 janvier 2010 ne doit pas se limiter à une simple commémoration, à des prières ou à des hommages rendus aux victimes. Cette date doit être un moment de réflexion collective sur les échecs et les responsabilités, mais aussi un appel à l’action. Honorer la mémoire des victimes ne signifie pas seulement déposer des fleurs ou observer une minute de silence, mais s’engager à construire une Haïti plus solide, mieux organisée et plus résiliente. Seize ans après le séisme, la question demeure ouverte : Haïti est-elle prête à faire face à une nouvelle grande catastrophe ? La réponse dépendra de la volonté politique, du sens des responsabilités et de l’engagement de tous les acteurs à placer la vie des citoyens au premier plan.
Rédaction Journal la Diaspora

