À Miami, le procès de l’assassinat de Jovenel Moïse ramène au premier plan les circonstances de sa mort. En Haïti, plus de cinq ans après le 7 juillet 2021, une autre question demeure : que sont devenus les chantiers engagés sous sa présidence ? Du barrage de Marion à la centrale de Carrefour III, leur devenir interroge la capacité de l’État à poursuivre ses engagements au-delà de la disparition d’un président.
Les audiences judiciaires cherchent à établir des responsabilités dans un crime. Le bilan des infrastructures doit, lui, permettre de comprendre ce que les investissements publics ont réellement apporté à la population. Ces deux démarches répondent à des exigences distinctes, mais essentielles : la justice et la reddition de comptes.
Le barrage de Marion en offre un exemple. Inauguré en mai 2021, il servait à irriguer près de 3 000 hectares selon un reportage du Nouvelliste publié en novembre 2023. Les objectifs annoncés en matière d’électricité et d’eau potable n’avaient toutefois pas été concrétisés. En septembre 2026, Welthungerhilfe lançait, avec un financement de l’Union européenne, un appel d’offres pour étudier de nouveaux aménagements agricoles et la réhabilitation de réseaux existants en aval du barrage.
À Carrefour III, le bilan intermédiaire de l’ANARSE de mai 2024 faisait état d’une première phase achevée pour le fonctionnement au diesel, tout en signalant des travaux suspendus en raison de l’insécurité. Faute de données techniques récentes vérifiées, sa production actuelle reste à établir.
À La Tannerie, des travaux interrompus après l’assassinat avaient ensuite connu une suite. Mais en janvier 2024, Le Nouvelliste décrivait un barrage déjà endommagé et un système d’irrigation ne desservant qu’une partie des superficies prévues. Quel entretien a été assuré depuis ? Quel service les cultivateurs reçoivent-ils aujourd’hui ?
Le même besoin de transparence concerne les équipements mobilisés dans le cadre de la Caravane du changement : leur localisation, leur état et leur utilisation méritent un inventaire public actualisé.
Il serait inexact de présenter tous ces projets comme abandonnés. Les éléments disponibles montrent des situations différentes : réalisations partielles, services effectivement rendus, interruptions et besoins de réhabilitation. Ils ne remplacent cependant pas un bilan complet et récent.
Ces infrastructures appartiennent à la collectivité. Leur fonctionnement ne devrait dépendre ni de la présence d’un président ni de la fidélité politique de ses successeurs. L’eau attendue par les agriculteurs et l’électricité nécessaire aux familles demeurent des obligations publiques.
À Miami, la justice doit éclairer les responsabilités dans la mort de Jovenel Moïse. En Haïti, les institutions doivent rendre compte du devenir des investissements engagés sous sa présidence.
Jean-Marc Dieudoné

