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Au secours de l’Agriculture !

A l’école on nous a appris qu’Haïti est un pays essentiellement agricole. Aujourd’hui comme hier, la réalité dit à voix haute tout le contraire. Au pire, cette affirmation ne dépasse pas la page du livre de Géographie qui en fait encore mention. Au mieux, c’est une vérité qui date d’avant 1804, du temps où les colons affublaient l’île d’Hispaniola du beau « titre mercantile » : la « Perle des Antilles ».

Ce samedi 1er mai 2021, Haïti célèbre, comme chaque année d’ailleurs, la fête de l’Agriculture et du Travail. C’est un euphémisme de dire que la situation sécuritaire délétère n’invite pas à l’ambiance. Les manifestations politiques ou celles contre le kidnapping se substituent aux traditionnelles foires gastronomiques qui, dans le temps, se donnaient un peu partout, au Champs-de-Mars (Port-au-Prince) ou à Damien (Plaine du Cul-de-sac). A l’insécurité grandissante et à la crise sociopolitique multidimensionnelle, s’ajoutent l’insécurité alimentaire et le chômage aigu qui rendent totalement impossible la célébration en grande pompe de cette fête nationale.

Selon un rapport publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), en 2020, la crise liée à la Covid-19 a contribué à aggraver l’insécurité alimentaire en Haïti entrainant 42% (4,1 millions) de la population en situation de crise ou urgence alimentaire. En 2019, le taux de chômage en Haïti, selon la Banque Mondiale, était de 13,5% ; 70% de la population vivant avec moins de 2 dollars américains par jour et 50% moins de 1 dollar américain par jour. Donc, le chômage et le sous-emploi touchent 60% de la population…

Voilà des chiffres alarmants qui invitent plutôt à la réflexion qu’à la célébration. Seules l’hypocrisie et la mauvaise foi peuvent nous empêcher de voir et de comprendre que le 1er mai, dans les faits, a perdu son sens et son essence. Plus que jamais, il faut reconnaitre que la paix d’Haïti est indissociable de son secteur agricole. Pour qu’Haïti soit en bonne santé, il faut que son agriculture, moteur de son économie, le soit aussi. Absence de pain, absence de paix !  Telle est la dure réalité aujourd’hui. « Quand nos champs fructifient, l’âme se fortifie », c’est  cette extraordinaire corrélation mystique entre la terre et l’homme haïtien que la Dessalinienne a voulu nous décrire. Hélas, aujourd’hui telles des âmes damnées ayant tourné le dos à la mère nourricière notre ventre dépend de la Communauté internationale.

Sommes-nous foutus ? Non ! Haïti reste et demeure par essence, par nature, un pays agricole. Nous avons abandonné la terre, mais il n’en demeure pas moins que l’Agriculture représente notre planche de salut, le chemin le plus court vers le développement. Parmi toutes les interrogations (politique, économique, sociale…) auxquelles la génération d’aujourd’hui doit répondre, caracole en tête de liste la « question agraire ». Plus de deux siècles après l’Indépendance, la nation haïtienne reste encore à édifier. Une grande politique agricole collectivement élaborée en tenant compte de la réalité et des besoins réels des paysans, voilà le premier pas à faire vers cette édification…

Retournons à la terre ! Volons au secours de l’Agriculture et la terre prendra soin de Nous !

Georges E. Allen

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