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Banditisme et criminalité : qui est le cerveau derrière l’insécurité en Haïti?

L’insécurité en Haïti avec des cas d’assassinat, d’enlèvement, de détournement de camion de marchandises ne saurait être un phénomène isolé ou dénué d’une stratégie planifiée. Dans l’exécution des mises en scènes, il y a une intelligence qui coordonne, mesure et organise.

Quand il est question de procéder à une analyse minutieuse du climat de l’insécurité en Haïti, le prisme socioéconomique, politique, démographique et sociologique apparait inévitable. S’il est vrai que le pays s’est enfoncé dans la crise depuis ces 30 dernières années en raison de l’instabilité politique, du chômage chronique, de la détérioration des conditions de la population, il est important de rappeler que le virage inquiétant de l’insécurité a précipité Haïti vers l’abîme.

À Port-au-Prince, le banditisme et la criminalité avec certaines variantes et constantes font croire que la solution étatique n’est pas pour demain. Si les bandits s’affirment en imposant assassinats, enlèvements, détournements de convois de marchandises comme norme, les réactions de l’État résument une certaine complaisance dans ses tentatives de mater les criminels. Il suffit d’évoquer les interventions des forces de l’ordre dans des quartiers en proie à la violence armée pour se faire une idée de l’implication effective de l’État pour combattre les fractions armées.

Plusieurs aspects sont à mettre en avant pour s’accorder à un phénomène contrôlé, rondement calculé qui par une « tête pensante » détient une machine intelligente infernale pour se maintenir en vie. À Martissant, l’annonce de possible intervention policière s’estompe généralement à une hausse des cas de kidnapping. Il est également à déplorer l’autorité de l’État mise à l’épreuve des forces criminelles. 

En décembre 2021, le directeur général a.i de la PNH, Frantz Elbé, a vanté des avancées constatées dans la baisse des cas d’enlèvement. Ces réalisations étaient mises à l’actif d’une stratégie sécuritaire basée sur le renforcement de la présence policière, la multiplication des patrouilles, l’augmentation des opérations. Moins de 48 heures après ces jubilations, les actes d’enlèvement suivis de séquestration contre rançon ont repris. Quotidiennement des cas sont signalés, des quidams comme des figures connues se sont faits victimes. Comme si la force détenant la manette criminelle qui alimente l’insécurité se relève impériale. Les méthodes criminelles varient en fonction des hostilités et des groupes engagés. À Croix-des-Bouquets des voies sont coupées à la circulation automobile. Les bandits défoncent la chaussée, barricadent la voie publique pour affronter les forces de l’ordre.

« Le chômage chronique, l’oisiveté, le désespoir ne peut en aucun cas justifier le choix d’un jeune à s’engager dans rangs des gangs criminels », de l’avis du sociologue Hérold Toussaint. Il reste une problématique sociale ancrée dans la gouvernance politique indulgente, argumente-t-il.

Le phénomène de l’insécurité avec son pic et son creux appelle à questionner le développement démographique. La capitale haïtienne se voit ceinturée de bidonvilles résultant d’une urbanisation sauvage et accélérée, constate-t-on. À ce stade, des interrogations réelles des autorités à résorber l’insécurité deviennent persistantes. Les dernières saisies d’armes et de munitions en cascades opérées par les autorités douanières et judiciaires à Port-de-Paix et à Port-au-Prince bien qu’elles puissent augurer l’espoir sur la volonté de résorber le banditisme et l’insécurité, mais ne représentent que l’arbre qui cache la forêt.

Hervé Noël 

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