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Criminalité en Haïti : « tout ce qui est en bas est comme ce qui est haut »

Les circonvolutions de la spirale de l’insécurité en Haïti n’ont jamais été aussi précises. La raison est que, par un malheureux hasard, les bandits du bas-fond se sont trouvés une représentation au sommet de l’État en la personne de certains dirigeants. Les malfrats de la rue ont désormais en haut lieu des gens en qui ils peuvent se reconnaître. La nature dans son impartialité a mis au jour le rapport pour le moins symbolique entre les acteurs en avale de l’insécurité et leurs équivalents en amont (les hauts dignitaires). Du point de vue métaphysique, on dirait que c’est le 2e principe hermétique qui s’applique dans ce cas précis, celui de la correspondance qui veut que « tout ce qui est en bas est comme tout qui est en haut et tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ».

Les formes de manifestation de l’insécurité qui ont pignon sur rue dans l’état actuel des choses en Haïti sont le vol, le kidnapping, l’assassinat et le trafic de drogue. Cette liste résume assez fidèlement le champ d’activité de Izo, Ti lapli, Christ la, Lanmò San jou et Vitelhomme etc. Et c’est ce qui fait d’eux de véritables monstres pour la société, et Dieu seul sait à quel point ils le sont.  D’ailleurs, la plupart d’entre eux passent leur temps à s’en vanter notamment sur les réseaux sociaux. Ils n’ont aucune gêne à exposer leurs activités lesquelles auraient dû rester dans l’ombre étant immorales et avilissantes. Au timon des affaires, ils auraient leurs correspondants, si l’on se fie à la perception. Qui n’est pas au courant que certains hauts dirigeants de l’actuel gouvernement sont soupconnés ou reprochés d’être impliqués dans des activités semblables. Pour le crime de vol, il serait plus facile de citer des noms de potentats qui n’ont jamais été cités dans dossiers de détournement. Pour le crime d’assassinat, le Premier ministre Ariel Henry fait l’objet de soupçons justifiés dans l’affaire Jovenel Moïse, et à ce titre, il ne devrait pas être encore à la Primature. Le ministre de l’intérieur Liszt Quitel est épinglé dans un dossier de kidnapping. Celui de la justice Bertho Dorcé traîne de sérieux passifs à cause de son implication dans le trafic de drogue. Leur statut diffèrent de ceux des gangsters des quartiers chauds en ce qu’ils ne s’affirment pas à tout va.

Un poste de Premier ministre et de ministre au sein d’un Gouvernement s’accompagne d’une dimension de prestige et entraine, du coup, des responsabilités morales. Ainsi, toute personne appelée à en occuper un doit être propre autant que la politique le permet, tant au niveau de la perception qu’au niveau des faits. Dans le cas contraire, le mythe de l’honorabilité qui tient en respect le citoyen de base par rapport au dignitaire sera démoli et l’effet de banalisation de la fonction  s’ensuivra. Tout cela, c’est le meilleur des cas. Dans le pire, la présence de dirigeants avec d’aussi sombres passifs  au timon des affaires de l’État envoie un message renforçant la conviction du bandit que l’impunité est un acquis certain. Ce qui l’amène à coup sûr à redoubler de passion pour son activité. C’est exactement la realité qui se déroule dans le pays. Dans ce cas de figure, il ne faut pas s’attendre à ce que le pays cesse de s’enliser dans le gouffre de la criminalité. Mais si le changement est dans l’ordre des choses possibles, le fait est que : il ne nous attend pas au prochain carrefour.

La rédaction 

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