mercredi, février 1L'information d'un bout à l'autre

Élections sans consensus, le « mauvais rêve » d’Ariel Henry?

« La mission principale de l’administration que je préside est de remettre le pouvoir à celui qui remportera des élections libres, justes et démocratiques », a déclaré le jeudi 14 avril 2022, le Premier ministre haïtien, Ariel Henry. Par ces déclarations faites au QG de la police nationale lors de la remise d’un lot de matériels à l’institution, le locataire de la Primature a montré son optimisme d’aplanir l’un de ses principaux chantiers, à savoir l’organisation des élections, pour le retour à l’ordre constitutionnel.  

Si pour plus d’un les conditions ne sont pas réunies pour la tenue du scrutin, Ariel Henry, Médecin de son état, croit pouvoir réveiller le malade de son état léthargique. Peut-il avancer en dehors d’un consensus minimal? Doter la police nationale des équipements nécessaires pour mater le phénomène de l’insécurité, serait-il suffisant à mettre les acteurs politiques en confiance? Des questionnements qui demeurent pour le moment pendants. Cependant, un fait est certain, les protagonistes de la crise multidimensionnelle qui secoue pays, tendent davantage de s’éloigner d’Ariel Henry plutôt que de s’en rapprocher en vue d’un sursaut patriotique qui pourrait parvenir à un vrai consensus.

De même le Premier ministre, à travers un tweet, a assuré que l’objectif est de mener à bien cette transition le plus rapidement possible, afin que le peuple haïtien puisse aller de l’avant. « La mission principale de mon gouvernement est de remettre le pouvoir, dès que possible, à des élus par la majorité du peuple haïtien, dans le cadre d’élections libres, justes et démocratiques », a-t-il écrit.

La déclaration du Chef de l’Exécutif monocéphale est intervenue au milieu d’une crise haïtienne profonde, exacerbée par l’assassinat du président de la République, Jovenel Moïse, l’année dernière. Le Premier ministre, qui gouverne depuis neuf mois, n’a pas réussi à gagner la confiance des secteurs nécessaires pour amorcer le processus électoral. C’est un fait !

Actuellement, il n’y a que 10 élus qui composent le reste du Sénat de la République. Ce tiers restant du Grand corps, présidé par Joseph Lambert est, depuis quelques jours, en dialogue avec les différents secteurs sociaux et politiques en vue de l’organisation d’un sommet susceptible de conduire à une solution consensuelle pour une issue favorable à la crise. Le pays est également embourbé dans des difficultés économiques dues à l’insécurité qui prévaut à l’entrée sud de la capitale, ainsi qu’aux effets de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, notamment la récente hausse des prix du carburant.

Tous ces facteurs se sont combinés pour que les prix des produits de première nécessité augmentent sur le marché local, réduisant ainsi le pouvoir d’achat de la population. Le Chef du gouvernement a lui-même exprimé sa crainte que la guerre n’aggrave la situation de la nation, qui fait face à une crise politique et socio-économique sans précédent.

Depuis juin 2021, la capitale est coupée d’au moins quatre départements du pays alors que des gangs armés sèment la terreur à l’entrée principale de Port-au-Prince. En conséquence, de nombreuses marchandises ne peuvent atteindre les principaux marchés publics de la région métropolitaine, qui sont contrôlés par des groupes armés. C’est dans cette ambiance que le Chef de la Primature parle d’élections. Ce que des mauvaises langues qualifient sans concession de « projet chimérique ». N’ont-elles pas raison, vu qu’aucun vrai pas vers un large consensus national et stratégique n’a été effectué jusqu’ici? 

Yves Manuel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *