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Haïti: Arrêtez le robinet de sang sur les routes nationales !

Cela donne envie de pleurer sachant que la probabilité d’avoir un accident entraînant la mort ou des blessures graves sur les routes nationales de la République d’Haïti est de 80%, selon une estimation de Stop Accidents, une ONG locale. Les routes nationales numéro 1, 2 et 3, y compris les zones urbaines, se transforment, surtout en chaque week-end, en zones de drame. Les bulletins hebdomadaires de l’organisation Stop Accidents peuvent en témoigner.

Une étude réalisée par le Programme international d’évaluation des routes, avec le soutien de la Banque Interaméricaine de Développement et de l’Organisation des Nations Unies (ONU), a détecté de graves lacunes liées à une signalisation inadéquate, à la vitesse, à la détérioration du pavage et au mauvais tracé des routes.

Le pire dans nos routes principales, c’est qu’on n’utilise aucun véhicule spécial  équipé de caméras et d’intelligence artificielle. Ce qui aurait permis de collecter des informations tous les 20 mètres sur la vitesse, l’éclairage, le drainage pluvial, la rugosité de la chaussée, la pente du signal et les passages illégaux, avec des résultats catastrophiques.

Il faut également souligner que le risque d’accidents sur les principaux axes routiers du pays est aggravé par les faibles niveaux d’éducation des conducteurs et le nombre de conducteurs qui conduisent sous l’emprise de l’alcool ou de drogues contrôlées, auxquels il faut ajouter la vigilance précaire de la Direction Centrale de la Police Routière (DCPR).

La République d’Haïti figure parmi les pays ayant un taux très élevé de mortalité par accident de la circulation, selon les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui toutefois n’a pas avancé de chiffres. A contrario, pour ce qui concerne la République dominicaine, le nombre de décès dus à cette cause est de près de trois mille personnes par an. (Études réalisées en 2021)

Il n’est pas exagéré de dire que les routes qu’on a tendance à appeler autoroutes ressemblent à une jungle dans les allées de laquelle règne la loi du plus fort, exprimée dans les camions et les bus, ou dans l’insouciance des automobilistes et des motards qui transforment ces couloirs en pistes de course dangereuses.

Aussi, de nombreuses distractions constatées sur nos routes peuvent altérer la capacité de conduite. Celle causée par les téléphones portables constitue une préoccupation croissante pour la sécurité routière. Les conducteurs qui font usage de leur téléphone portable au volant courent environ quatre fois plus de risques que les autres d’être impliqués dans un accident. L’utilisation d’un téléphone au volant allonge les temps de réaction notamment concernant le freinage ou les signaux du trafic routier et complique le maintien du véhicule sur la bonne voie de circulation et le respect des distances de sécurité avec le véhicule qui précède.

Cela fait mal de savoir qu’en raison du manque de programmes de prévention adéquats, plus de personnes meurent ici dans des accidents de la circulation que le nombre de décès causés par des épidémies, des conflits armés ou des cyclones. Il est urgent d’intervenir sur les autoroutes pour stopper le robinet de sang.

Il est possible de prévenir les accidents de la route. Oui, il est possible. Les  autorités concernées doivent s’occuper de la sécurité routière d’une manière globale. Pour cela, il faut impliquer de multiples secteurs :  le transport, la police, la santé, l’éducation et agir pour garantir la sécurité des routes, des véhicules et des usagers.

Yves Manuel

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