lundi, novembre 29L'information d'un bout à l'autre

Haïti ou l’urgence de construire un pays vivable, pour limiter les humiliations liées à la migration massive

L’humanité de la préhistoire à l‘histoire est traversée par la migration de l’homme d’un pays à un autre, d’un continent à un autre. Les premiers hommes étaient en quête permanente de mieuxêtre, ils se déplaçaient constamment. Plusieurs raisons sont à la base de la migration dans le monde. Les gens quittent leur pays d’origine pour des raisons politiques, ils fuient parfois la guerre, le chômage, l’insécurité, l’impunité, la corruption, les inégalités sociales, la mauvaise gouvernance etc. La migration est devenue, dans les pays sous-développés, un moyen pour les citoyens d’échapper à la misère, à la pauvreté, au banditisme et pour certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient, à la guerre. 

En Haïti, après les premiers mouvements migratoires en direction de Cuba vers la fin du 19e siècle et vers les années 60 où la main d’œuvre haïtienne était fortement demandée en Guyane, Bahamas, Martinique etc., la migration haïtienne a pris une autre dimension sous la dictature duvaliériste, où les Haïtiens laissèrent le pays en vue d’échapper aux atrocités du régime. La chute vertigineuse du pays durant ces dernières années, a intensifié la fuite à l’étranger des Haïtiens. La situation délétère actuelle du pays oblige des milliers de compatriotes à risquer leurs vies en quête de meilleure condition de vie. Le flux migratoire exagéré que connait le pays est le résultat de la destruction totale du pays, qu’il faut inévitablement reconstruire pour stopper l’hémorragie. 

Les études sur la migration haïtienne de ces dernières années mettent en relief les persécutions politiques, l’insécurité, la misère, la pauvreté et le chômage comme des éléments ayant provoqué les départs massifs des Haïtiens vers l’Amérique latine et l’Amérique du Nord. Néanmoins, le tout peut se résumer sur l’étiquette « Equête de mieux-être ». Les conditions environnementales, politiques, sociales, économiques et politiques désastreuses dans lesquelles Haïti patauge depuis toujours, poussent vers la sortie les citoyens. Les deux dernières décennies du peuple haïtien sont marquées par des brins d’espoirs de courte durée et une descente aux enfers qui semble irréversible. La voie de la démocratie empruntée après 1987 ne nous a pas conduits vers la modernité politique caractérisée par des élections libres et honnêtes pour renouveler le personnel politique en tempset en heure, vers des politiques publiques prenant en compte : l’éducation, l’emploi, l’économie, la bonne gouvernance, le renforcement des institutions, l’avenir des jeunes et surtout l’autonomie financière du pays.  

L’ADN des gouvernements passés au cours de ces 20 dernières années est identique. Il est caractérisé par la concentration du pouvoir entre les mains de l’exécutif, l’inféodation des acteurs politiques, le népotisme, et surtout la corruption qui est le plus grand fléau qui gangrène le pays. On a assisté à la décapitalisation de la classe moyenne et à l’appauvrissement accélérée des masses. Les inégalités sociales et la mauvaise répartition des richesses n’ont laissé aucune chance de survie pour les masses qui ne demandent que l’amélioration de leurs conditions matérielles d’existence. N’ayant plus d’espoir, plus de confiance dans les gouvernants, ils s’exilent ailleurs au péril de leurs vies en quête d’un « aller mieux ». 

Au-delà de cette crise migratoire aigüe que traverse le pays en raison des mauvaises décisions des gouvernants, de l’insécurité grandissante marquée notamment par la suprématie des gangs qui exercent leur loi dans la capitale et ses environs, il y a lieu d’agir pour ne pas disparaitre. La situation dégradante du pays s’explique par l’irresponsabilité des hommes politiques, les guerres fratricides pour le pouvoir et surtout la destruction systématique des institutions du pays (Justice, Parlement, Exécutif, Cour des comptes etc.). Elle s’explique également et surtout par la corruption et l’impunité. Sans une prise de conscience collective et une rupture totale avec les mauvaises pratiques, la migration massive de nos jeunes, la fuite de nos ressources humaines pour l’étranger vont se poursuivre. A bon entendeur, salut ! 

Ricot Saintil

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *