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Haïti : Tout est globalement sous contrôle dans un État failli

La hausse exponentielle du coût de la vie ne permet pas à une population, déjà étouffée par les pénuries de carburant et une crise sociopolitique sans précédent, de respirer. Cette population qui fait face à l’inaction des autorités établies est tenaillée par la violence des gangs armés qui n’ont de cesse de se battre pour le contrôle du territoire, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Beaucoup d’Haïtiens interrogés par le Journal La Diaspora se déclarent dans l’incapacité de trouver à manger, et pourtant le Gouvernement de facto croit avoir le contrôle de la situation. Aucune évolution des prix n’a été constatée en dépit d’une série de mesures annoncées par les autorités pour un « apaisement social ». Dans la capitale haïtienne et dans plusieurs villes de province, comme Jacmel, Cap-Haïtien et Petit Goâve, des manifestations se tiennent quasi quotidiennement pour dénoncer la hausse des prix et la rareté aiguë du carburant. Des mobilisations populaires gigantesques qui ont fait plus d’une quinzaine de morts, selon le dernier rapport de l’Ordre de Défense des Droits Humains couvrant la période du 8 au 26 septembre 2022 ; sans compter les pertes matérielles.

« La situation économique est on ne peut plus préoccupante », a récemment reconnu le Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Jean Baden Dubois. Les groupes armés ont aggravé la crise par leurs actions, parmi lesquelles le blocage de l’entrée sud de Port-au-Prince, qui a laissé quatre départements isolés du reste du pays. Ces dernières années, les conflits armés, les vols et les viols se sont multipliés, tandis que les enlèvements et les meurtres atteignent un niveau alarmant, effrayant ainsi une population incapable de poursuivre une vie normale.

L’État a failli à sa mission, ce qui pousse de plus en plus de gens à rester, chez eux, tournant le dos aux loisirs. Des entreprises de la place commencent à fermer leurs portes. Ce qui a un impact négatif sur la consommation des biens et services. Le tourisme local n’existe pratiquement pas. L’accès aux plages tant dans le sud que dans le nord de Port-au-Prince est impossible. De plus, le mouvement migratoire, accéléré par le manque de sécurité, provoque des sorties de dollars de l’économie vers d’autres pays, notamment la République Dominicaine. 

Des mesures sans résultats

Les autorités haïtiennes ont annoncé une série de mesures pour réduire le coût de la vie, parmi lesquelles l’obligation de fixer les prix en gourdes et l’injection d’entre 100 et 150 millions de dollars sur le marché des changes. « Les injections ne donnent jamais de résultats durables. Ces résultats sont très temporaires. Ce n’est pas la première fois que la Banque centrale fait des injections, mais cela ne permet pas de stabiliser le problème », rappelle non sans peine l’économiste Enomy Germain.

Une autre des mesures imposées était une baisse importante du dollar par rapport à la monnaie locale, mais moins d’une semaine plus tard, la devise américaine a commencé à se redresser, avec le risque d’atteindre un prix beaucoup plus élevé que le précédent, de 150 gourdes pour un dollar.La crise économique, les gangs criminels et le manque d’approvisionnement en carburant sont considérés par l’Organisation des Nations Unies (ONU) comme une « catastrophe humanitaire », pour laquelle elle a appelé son Conseil de sécurité à agir en urgence en vue de soutenir le peuple haïtien. Entretemps, des groupes armés empêchent l’accès aux installations, stoppant l’acheminement du carburant dans les pompes. Ces derniers qui ont pratiquement le champ libre s’alignent au mouvement de la population contre l’augmentation brutale du prix de l’essence. Ils exigent eux aussi la tête du Premier ministre Ariel Henry. Surréalisme !

L’absence de Carburant envenime la situation 

Sans électricité provenant de centrales électriques, des régions entières du pays doivent se tourner vers des générateurs au gaz pour garder les lumières allumées. Pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter leur propre groupe électrogène, le quotidien est devenu un casse-tête. À Port-au -Prince tout comme dans les principales villes du pays, les banques commerciales, bars et restaurants équipés de générateurs ont pu rester ouverts, mais ont réduit leurs heures de fonctionnement en raison de la hausse des prix de l’essence sur le marché informel.

Quelle solution ?

L’augmentation du taux de pauvreté, aggravée par l’instabilité sociale, est une préoccupation majeure pour la communauté haïtienne. Près de la moitié des 11 millions d’habitants du pays sont déjà en situation d’insécurité alimentaire, dont 1,3 million au bord de la famine, selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM). En somme, l’histoire récente nous montre qu’il est plus facile de proposer des solutions que de les mettre en application. On peut citer à titre d’exemples les multiples propositions et accords de sortie de crise nés au lendemain de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Tous ces documents demeurent jusqu’ici lettres mortes, alors que la population végète dans la crase, la République s’effondre.  

« Il est temps de jeter les gants et d’arrêter de prétendre que la diplomatie « normale » fonctionnera en Haïti », a déclaré l’ancienne ambassadrice des Etats-Unis en Haïti devant le Congrès américain récemment. Selon Pamela A. White, il n’y a aucune chance de planifier des élections dans la crise sécuritaire actuelle. Elle plaide en faveur du déploiement d’une force spéciale internationale pour rétablir la sécurité en Haïti et par ricochet résoudre cette crise multidimensionnelle qui a déjà trop duré.

Doit-on vraiment en arriver là ?

Yves Manuel 

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