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Le budget national en Haïti : un paradoxe continu

Tout État qui fonctionne, ne serait-ce qu’à minima, prévoit et planifie annuellement ses dépenses dans ce qui s’appelle plus objectivement un budget. Ce document s’élabore sur la base de certaines prévisions relatives à l’argent de provenance interne ou externe. Dans le cas d’Haïti, le budget, appelé aussi Loi de finances, quand il est vu, examiné et approuvé par le pouvoir législatif, a deux principales vocations : fonctionnement et investissement. L’investissement ne fait plus partie des visées de l’Etat haïtien, soit dit en passant. On dit d’un budget qu’il a été bien exécuté quand à la fin de l’exercice fiscal les parts relatives à l’investissement et au fonctionnement auront été dépensées suivant une ventilation efficace, mais surtout transparente. Sauf erreur, en Haïti dans l’histoire récente en ce qui concerne l’exécution des Lois de finances, l’Etat est très rarement en mesure de parler de réussite. Il y a toujours quelques choses qui a foiré quelque part, comme si même les paramètres les plus traditionnels et basiques n’ont pas été pris en compte dans les démarches de prévisions.

A la fin de chaque exercice fiscal, on se plaint toujours que telle ou telle enveloppe s’est révélée insuffisante, soutenant ainsi la nécessité qu’elle soit revue à la hausse dans le prochain budget pour ensuite refaire le même constat d’insuffisance encore et encore. On doit être d’accord suivant les observations que l’Etat haïtien a perdu la tradition d’investir dans le cadre des budgets de la République ; c’est désormais tout pour le fonctionnement. A ce stade, le calcul devrait être simple vu qu’il n’y a pas d’investissement ; tout ce qui initialement était prévu doit se concentrer sur le fonctionnement. Encore faut-il se demander de quel fonctionnement on parle, parce que c’est là que le bât blesse, c’est à ce niveau que se manifestent les insuffisances qui elles-mêmes s’expriment en arriérés de salaire, non renflouement des cartes de débit des fonctionnaires, manque de matériels etc., etc. Si la totalité du budget est consacré à faire fonctionner l’administration publique, pour le profane en économie il y a lieu de se demander comment est-ce possible que des privations liées au fonctionnement de l’Etat soient aussi nombreuses et criantes. 

Face à des budgets caractérisés par autant d’insuffisances le concept de reliquat et encore moins celui d’excédent n’ont pas leur place. Il s’agit là d’un autre aspect relevant encore plus du paradoxe en ce qui concerne l’univers budgétaire haïtien. Si l’on se fie aux témoignages des fonctionnaires de l’Etat, légions sont les institutions de l’administration publique qui enregistrent des reliquats qui, bien entendu, peuvent varier d’un exercice fiscal à un autre. Comment peut-on ne pas avoir eu le temps de dépenser son enveloppe jusqu’au dernier centime alors que cette dernière était soi-disant insuffisante ? N’importe quel ignorant en matière de finance sait qu’il est plus intelligent de faire en sorte que ses dépenses aillent dans le sens de ses besoins ponctuels et prioritaires. L’Etat haïtien donne à constater le contraire dans son mécanisme de dépense en vue du fonctionnement. On en veut pour preuve que depuis plus d’une dizaine d’années, les institutions dont les enveloppes connaissent régulièrement des augmentations ne sont pas celles qui interviennent au premier plan face aux crises.

Kensley Marcel

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