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L’entrée nord de Port-au-Prince et ses installations touristiques à l’agonie, l’Etat indifférent

L’indifférence du Gouvernement de facto face à la violence armée imposée par des gangs à Canaan contraste avec le discours d’un pouvoir qui œuvre pour la relance de l’économie. Depuis plus de trois (3) mois, le secteur touristique, le transport en commun, la circulation de biens entre l’Ouest et le Grand Nord d’Haïti sont mis à l’arrêt par des bandits qui opèrent à Canaan, bidonville construit à la faveur du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Les alertes lancées auprès du Gouvernement de facto sur la situation de la route nationale numéro 1, à hauteur de Canaan, ne suffisent pas. Aucune intervention des forces de l’ordre pour mettre hors d’état de nuire les bandits qui imposent leur loi dans cette zone n’a jusqu’ici été manifestée. Au contraire, plusieurs symboles de l’État, saccagés par des gangs, demeurent depuis plusieurs mois, hors-service. 

Au moins deux installations de la Police Nationale d’Haïti (PNH) sont désertées par les policiers à la suite des attaques armées. L’antenne de police de Canaan, localisée à quelques mètres du Centre olympique FIFA Goal et le poste de contrôle de « Titanyen », sont restés abandonnés. Une réalité qui renforce les bandits dans leur intention de commettre leurs forfaits. Des témoignages d’usagers de la route nationale numéro 1 confirment un climat de terreur sans nom entretenu par les gangs. Au quotidien, des criminels lourdement armés défilent entre l’antenne de police de Canaan jusqu’au poste de contrôle de « Titanyen ». Leur mode opératoire consiste à assassiner des usagers, rançonner des passagers, violer des femmes en toute impunité.

Dans l’optique de fuir la cruauté des gangs, des chauffeurs ont dû envisager une alternative pour pallier l’inaccessibilité de la zone de Canaan. Pour relier l’Artibonite à une partie de l’Ouest, ils bifurquent par Mirebalais avant d’atteindre la route nationale numéro 3 jusqu’à Morne-à-Cabris. Il en est de même pour les véhicules qui viennent de Port-au-Prince qui doivent prendre le même itinéraire en partant du Morne-à-Cabris. Un trajet éreintant, coûteux, qui s’impose aux usagers en raison de la mauvaise qualité des routes et de la distance parcourue. Les voyageurs expriment leur dégout face à ce calvaire affronté pour échapper à la mort.

Dans l’intervalle, d’autres secteurs d’activités en font les frais de la situation de Canaan. Les installations touristiques établies sur la côte des Arcadins, les hôtels, les plages situés sur le littoral de Montrouis sont fortement touchés par le degré de pourrissement du climat sécuritaire conjugué au mépris des autorités policières. Des intentions de mettre la clé sous la porte avec pour effet immédiat des centaines d’emplois supprimés sont devenues persistantes. Les agriculteurs, les entrepreneurs qui s’investissent et investissent dans la production nationale ne savent à quel saint se vouer. En témoignent les denrées agricoles de l’Arcahaie, de l’Artibonite qui périssent dans des gares faute de pouvoir les acheminer sur le marché local de la capitale, dénoncent des syndicalistes du transport en commun.

Après le quartier de Martissant, contrôlé depuis deux ans par des bandits, la zone de Canaan est désormais sous la domination de fractions armées. Les mises en garde réitérées par des résidents de la partie Nord de Port-au-Prince auprès des concernés afin de prévenir ce triste tableau se sont révélées vaines. L’économie se meurent, Ariel Henry et son équipe de facto affichent leur insouciance. 

Hervé Noël

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