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Scandale en République Dominicaine : l’heure de repenser la diplomatie haïtienne a sonné

James Jacques, l’ex-consul d’Haïti à Santiago a fait la une des journaux en République dominicaine, à la suite d’un incident dans lequel il a été impliqué. Selon les informations dont nous disposons, cette anicroche s’est produite le vendredi 24 juin 2022 dans un restaurant de cette ville, où des agents de la Direction Générale des Migrations s’y étaient rendus suite à des plaintes pour trafic de passeports.

Dans un premier temps, les informations faisaient état de l’arrestation de James Jacques par les agents migratoires. Le chef de la Migration dominicaine Enrique García a vite fait d’y apporter un démenti, déclarant au journal Diario Libre que « l’ancien diplomate est arrivé en essayant d’empêcher l’opération lors de laquelle 21 personnes avaient été arrêtées ». Pourquoi s’était-il interposé à l’arrestation de ces compatriotes ? Y-avait-il des irrégularités dans le mode opératoire des agents de la migration dominicaine ?  S’agissait-il d’une affaire louche ? Voilà autant de questions qui méritent d’être élucidées.

Pour le chef de la Migration, les membres de cette entité étaient arrivés au restaurant L’Aromate Créole avant des plaintes de voisins et des services de renseignement qui disaient que des documents y étaient trafiqués. « Nous avions trouvé un Haïtien en possession de 15 passeports, 56 000 pesos et 890 dollars », a-t-il ajouté. L’homme qui était en possession de ces passeports répondait au nom de Jolivain Nelson. Certains ont mis en cause l’implication présumée de James Jacques dans une affaire de trafic, de vente illicite de visas dominicains pour avoir exigé la libération sans condition de son compatriote Jolivain Nelson.

Il ne fait aucun doute que la vente illicite de visas dominicains dans les zones frontalières est une pratique juteuse dans laquelle des gros bonnets haïtiens et dominicains sont impliqués. Selon l’Etat dominicain, le coût normal d’un visa est de 250 dollars US. Pourtant, ce document se vent actuellement jusqu’à 500 dollars aux haïtiens désireux de traverser de l’autre côté de la frontière. On se rappelle le scandale de visas révélé par la presse dominicaine au point que les autorités de ce pays avaient annoncé d’importants changements dans leur légation diplomatique en Haïti.

Cependant, la version de l’ancien représentant d’Haïti en République dominicaine est lamentable. James Jacques a révélé que, lors d’une conférence de presse avec les propriétaires du restaurant L’Aromate Créole, comme d’autres de ses compatriotes, les agents de la migration lui ont mis un pistolet sur la tempe. Il a démenti la thèse de son arrestation, mais a souligné avoir été maltraité et inconsidéré par des membres de la Direction Générale des Migrations, qui ont perquisitionné une entreprise appartenant à des Dominicains et des Haïtiens.

Le responsable de la migration a soutenu  que personne n’avait été maltraité pendant l’opération, contrairement à ce qui avait été exprimé. Dans l’intervalle, il faut souligner qu’un document du Ministère haïtien des Affaires Etrangères reconfirme que  James Jacques  n’occupe plus le poste d’ambassadeur. Selon une source généralement bien informée, le document a été envoyé à l’ambassade de la République dominicaine en Haïti et est daté d’avoir été délivré le 6 juin 2022 à Port-au-Prince. Ce document précise  que « l’ancien consul »  James Jacques « n’a ni le titre ni la capacité de signer un accord avec les entités administratives dominicaines ». Par le communiqué DG/0120-22, le Ministère des Affaires Etrangères d’Haïti a informé l’Ambassade de la République Dominicaine en Haïti que James Jacques était l’ancien consul et qu’il n’attendait que l’arrivée de la personne qui le remplacerait.

Tout compte fait, il serait de bon ton que le Ministère haïtien des Affaires Etrangères ouvre une enquête administrative en vue de faire le jour sur ce dossier pour le moins bizarre. Il ne suffit pas de réduire à néant le diplomate à travers une simple correspondance. Il faut des explications, car l’on n’arrive pas à cerner pourquoi un diplomate révoqué ou rappelé puisse continuer à faire office de vis -à-vis de l’État haïtien dans un pays étranger. Prévenir vaut mieux que guérir !

Yves Manuel

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