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Mettre KO le « Système » par la lutte collective

Plus de trois mois depuis que Jovenel Moïse a été assassiné, le système politique haïtien reste et demeure inchangé. Seul un démagogue à courte vue aurait crû que le contraire allait se produire. Rien à changer, sinon de nouveaux stratagèmes des différents acteurs pour le maintien du statu quo. Depuis quelques temps en Haïti, les hommes politiques du pouvoir et de l’opposition, la société civile, le secteur religieux et même de simples citoyens réclament le « changement du système ». Au cours de la présidence de Jovenel Moïse, cette demande de changement s’est intensifiée à travers des manifestations de rue violentes. Les opposants du président Moïse, le considéraient comme étant le garant du système et qu’il fallait à tout prix le mettre hors jeu. Jovenel Moise lui-même voulait, disait-il, combattre le système qui, selon lui, représentait un frein au développement et à la bonne marche du pays. L’opposition politique et Jovenel Moïse, vraisemblablement, ne parlaient pas les mêmes langues. L’un (Jovenel Moise) a été brutalement assassiné dans des conditions troublantes. Il a peut-être été victime du côté obscur du système. L’autre (l’opposition) semble vouloir à tout prix intégrer le système qu’il prétendait vouloir combattre, au lieu de procéder à son changement. Quid du système en Haïti ?

Malgré le mode d’organisation de la société haïtienne dans son ensemble par la Constitution de 1987, le système politique haïtien peine encore à matérialiser le jeu démocratique, mais s’enlise dans des pratiques sauvages axées sur un capitalisme féroce, où la propriété privée des moyens de production, la recherche du profit à outrance par les classes dominantes alimentent les inégalités sociales. Le système politique formel (démocratie) ne concorde en rien à la réalité. Le système que nous avons aujourd’hui est dominé par les puissances étrangères et la classe dominante (économique). Le système est opérationnel, grâce aux politiciens véreux, affairistes et corrompus. Le système politique haïtien est également aujourd’hui dominé par la puissance des gangs. En d’autres termes, parler du système en Haïti, c’est essayer de comprendre de manière objective comment s’articulent les rapports dans le système en question, entre les dominants et les dominés, entre l’international, le pouvoir, la classe économique et l’opposition politique. C’est un système polarisé dans lequel les véritables acteurs ne sont ni le Président, ni l’opposition politique, mais les grandes puissances et les détenteurs des richesses du pays. 

Comprendre la réalité du système politique haïtien revient à isoler de manière partielle les individus qui sont au pouvoir de manière formelle, pour aller au-delà de cette réalité et chercher à comprendre le réel. Jovenel Moïse, en voulant s’attaquer au système, a été peut-être trop sélectif dans ses choix. Il n’avait malheureusement pas pris ses distances pour véritablement mener une lutte contre le système, où les richesses du pays appartiennent à une minorité, où l’Etat n’arrive pas à contrôler ou subventionner les prix des produits de base. C’est un pays fermé à l’investissement, à la libre circulation du capital, à la création d’emplois, au refus du bien-être collectif. C’est un Etat qui défend les intérêts d’une minorité au détriment des classes populaires et de la classe moyenne. Le système est verrouillé de l’intérieur comme de l’extérieur. Les intérêts des pays étrangers contrastent totalement avec les besoins de la population haïtienne. Les hommes politiques sont foncièrement motivés par l’appât du gain, ils ne sont pas animés par la volonté de servir, l’Etat n’est qu’un espace d’enrichissement illicite. En dernier lieu et c’est fondamentalement un obstacle majeur au développement, à la déconcentration et au partage des richesses du pays, il y a les intérêts des hommes d’affaires de ce pays qui, malheureusement, ne sont pas progressistes. Le système est pollué et mérite de changer.   

Au regard de ce qui se trame actuellement dans le pays, où la communauté internationale, le pouvoir en place et les acteurs de l’opposition n’arrivent pas à accorder leurs violons, il est clair que le système politique haïtien va au-delà de la personne d’un Président. La mort de Jovenel Moïse, toujours non revendiqué par aucun secteur, mais qui certainement sert les intérêts des uns et des autres, n’a pas mis fin au système prédateur dont on disait qu’il était le garant. Combattre le système ne revient pas à combattre les individus, mais à changer de paradigmes. Changer de système implique comme le souligne le docteur Illionor, une démocratie fondée sur la justice sociale et l’équité où l’Etat doit : restreindre les privilèges de ses grands fonctionnaires, notamment des parlementaires, du chef de l’État, de la structure budgétivore appelée la Présidence, du Premier Ministre et de tous les membres du gouvernement ; mettre à contribution les oligarques, les nantis qui bénéficient le plus de largesses de l’État ; réduire le déficit, en puisant là où il y a la véritable richesse, c’est-à-dire dans les entreprises et chez les hauts salariés. Il faut établir un budget créateur d’emplois, qui crée et protège des programmes sociaux, en permettant d’accéder à des services publics de qualité. D’autres mesures progressistes peuvent se greffer sur celles-là pour un véritable changement du système.

Ricot Saintil

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