Dans le cadre de sa mission de régulation du secteur automobile et de renforcement de la sécurité routière, l’Office d’Assurance Véhicules contre Tiers (OAVCT) a lancé, le vendredi 15 août 2025, son nouveau programme baptisé « Moto pa m legal ». L’initiative, présentée au Cap-Haïtien, vise à régulariser la circulation des motocyclettes dans tout le pays et à permettre à l’État de récupérer plus de quatre milliards de gourdes en impôts et taxes impayés.
Selon le directeur général de l’OAVCT, Pierre Jean Raymond André, près de 70 % des motocyclettes qui circulent en Haïti ne sont ni immatriculées auprès de la Direction générale des impôts (DGI), ni assurées auprès de l’OAVCT. « Cette situation contribue non seulement à l’évasion fiscale, mais aussi à l’insécurité routière et à la difficulté pour les forces de l’ordre d’identifier les contrevenants », a-t-il déclaré lors de la 22ᵉ édition du programme gouvernemental « Les Mardis de la Nation ».
Pour tenter de corriger cette réalité, le programme repose sur une collaboration tripartite entre l’OAVCT, la DGI et la Direction centrale de la police routière (DCPR). Cette synergie permet aux motocyclistes d’obtenir, dans un processus unique, l’ensemble des documents légaux requis : immatriculation, assurance et permis de conduire.
L’objectif est de simplifier les démarches administratives pour les usagers, tout en renforçant la traçabilité des véhicules et la capacité des forces de l’ordre à réprimer les infractions. « En facilitant l’accès à ces services, nous voulons non seulement améliorer la conformité des conducteurs, mais aussi réduire le nombre d’accidents de la route et renforcer la sécurité publique », a précisé le directeur général de l’OAVCT.
Afin de garantir l’accessibilité du programme, l’OAVCT a déployé ses services dans vingt villes de province et mis en place des unités mobiles dans le cadre de l’initiative « OAVCT lakay ou ». Ces unités itinérantes doivent se rendre jusque dans les localités les plus reculées. « Nous voulons que chaque citoyen, où qu’il soit, puisse se conformer à la loi sans difficulté », a insisté M. André.
Le directeur de l’OAVCT a profité de cette présentation pour dresser le bilan des cinq premiers mois de son administration. Selon lui, plusieurs mesures de rigueur ont été adoptées afin de transformer l’institution en une entité publique « moderne, efficace et transparente ».
Parmi les réformes mises en œuvre : une gestion plus stricte des ressources, la réduction des dépenses jugées superflues et l’assainissement de dettes héritées. « Nous voulons une institution austère mais performante, portée par un personnel formé et des outils modernisés », a souligné Pierre Jean Raymond André.
Il s’est félicité du redémarrage de plusieurs services longtemps suspendus, dont la production et la distribution de 400 000 vignettes et polices d’assurance, indispensables pour garantir la légalité des véhicules en circulation.
Le directeur général a également tenu à clarifier des rumeurs concernant une tentative de fraude bancaire récemment détectée à l’institution. « Contrairement aux informations circulant sur les réseaux sociaux, aucune perte financière n’a été enregistrée », a-t-il assuré, précisant qu’il a lui-même signalé l’incident à la Banque nationale de crédit (BNC).
Les enquêtes internes menées par la direction juridique et l’inspection générale de l’OAVCT ont confirmé qu’aucune irrégularité financière n’avait été consommée. « La vigilance et la transparence font partie intégrante de notre gestion. Nous continuerons à informer le public de l’évolution de cette affaire dans le respect des procédures légales », a-t-il ajouté.
Avec « Moto pa m legal », l’OAVCT entend relever un double défi : réduire l’insécurité routière et mobiliser d’importantes recettes fiscales. Reste à voir si ce programme parviendra à convaincre des milliers de motocyclistes, souvent méfiants à l’égard des institutions publiques, de se conformer aux règles.
Dans un pays où la moto est devenue l’un des principaux moyens de transport et une source de revenus pour des milliers de familles, la réussite de ce plan pourrait marquer un tournant dans la régulation du secteur, tout en contribuant à renforcer l’autorité de l’État sur les routes.